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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/211

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ou méfiance des Français qu’Haïti refuse le droit de propriété aux blancs, et, si notre ancienne colonie, qui « exportait annuellement quatre cents millions, de livres de sucre n’en fabrique plus assez pour les besoins de ses malades ; » si, après avoir donné à sa métropole un revenu annuel de près de 22 millions de francs, elle rapporte à grand'peine à son propre trésor 8 à 9 millions ; si sa monnaie n’a cours que pour le quinzième de la valeur nominale ; si le peu d’espèces métalliques que l’usure fait circuler sur le littoral y sont grevées d’un intérêt qui varie de 36 à 365 pour 100, ; si on a vu enfin vers le milieu de 1847, avant la terreur ultra-noire et sous l’influence d’une réaction complète de sécurité, une habitation de cinquante arpens, parfaitement située et plantée en grande partie de caféiers, c’est-à-dire en plein rapport, ne pas trouver d’acquéreur au prix de mille francs, c’est à la ridicule et sauvage exclusion dont je parle qu’il faut surtout attribuer cette récidive de barbarie. L’insurrection noire n’avait hérité que des ruines qu’elle avait faites ; l’immigration européenne pouvait seule remplacer dans l’ancien Saint-Domingue les élémens de travail et de commerce qui en avaient disparu avec nos colons. Seule elle pouvait y apporter les capitaux, les procédés de culture et de fabrication, l’expérience et les relations commerciales nécessaires pour relever les sucreries, pour mettre la production locale en mesure de lutter avec la concurrence croissante que lui faisaient les améliorations agricoles et mécaniques introduites par l’activité européenne dans les autres Antilles, pour rendre à cette production ses débouchés d’autrefois, pour substituer enfin à l’expédient mortel d’une émission continue d’assignats les ressources normales d’un accroissement de revenu. Les dispositions que montre Soulouque à l’égard des blancs en général et des Français en particulier seraient donc de bon augure, si ici, comme à propos des piquets, comme à propos de l’amnistie, il ne fallait se contenter encore de la donnée sans l’application, du principe sans la conséquence. Bien qu’il lui eût suffi de froncer le sourcil pour réduire à néant cette conspiration de sauvagerie et de peur qui perpétuait, vingt-cinq ans après la reconnaissance extérieure de l’indépendance haïtienne, un isolement désormais sans prétexte, Soulouque a laissé introduire, et sans même paraître le remarquer, dans sa constitution impériale l’article qui interdit aux blancs d’acquérir des immeubles.

Soulouque n’a même pas la logique de son despotisme. Cet étrange empereur, constitutionnel ferait bien certainement fusiller, et de la meilleure foi du monde, quiconque oserait soutenir que l’état n’est pas Faustin Ier, et on pourrait ne pas trop lui en vouloir, s’il savait