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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/198

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REVUE DES DEUX MONDES.

On assure que l’un d’eux aurait été relevé par sa cour du serment qu’il avait prêté, et que sa cour elle-même se serait chargée de l’indiscrétion. Cette brochure curieuse est très fort dans le sens prussien ; aussi la vente en a-t-elle été défendue en Autriche et en Saxe. L’auteur anonyme suit par ordre chronologique toutes les phases des conférences jusqu’à la dernière séance du 23 février ; il veut prouver que les projets qu’on tramait à Dresde n’étaient ni plus ni moins que la ruine de la Prusse. Par quels projets remplacera-t-on maintenant ceux-là ? Toujours la même question pendante. Ce n’est pas demain non plus que de l’autre côté du Rhin se fera l’équilibre.

Les communes anglaises ont voté la seconde lecture du bill de lord John Russell contre l’agression papale : 438 voix contre 95. Nous avons dit comment le bill avait été modifié : c’est donc là, pour le cabinet, une mince victoire ; mais le parlement est enfin débarrassé d’une affaire qui entravait toutes les autres, et qui a fini par accumuler un arriéré considérable pour le reste de la session. Cette mêlée parlementaire des derniers mois a complété la désorganisation des vieux partis anglais. Le temps est loin où l’on ne pouvait être que whig si l’on n’était pas tory, et réciproquement. Un commoner de l’ancienne école ne se reconnaîtrait plus au milieu de ces fractions multiples et mobiles. Les habitudes de nos séances françaises ont déjà passé le détroit ; l’autorité du speaker a presque été méconnue aussi hardiment que celle d’un président de nos assemblées. La discipline s’en va, les coalitions arrivent. Ne vous préoccupez pas trop des grossièretés oratoires de M. Drummond : ce n’est encore que demi-mal et le speaker n’y en voyait pas du tout ; mais écoutez au contraire cette profession de foi : c’est un Irlandais, M. Reynolds, qui parle contre le ministère. « Je déclare, une fois pour toutes, qu’en donnant ma voix, je ne considère pas le mérite intrinsèque de la question sur laquelle je vote : je vote quand même, contre le gouvernement, et je suis résolu de toujours voter ainsi tant que durera ce cabinet. » Voilà l’écueil du régime parlementaire qui perce tout à son aise ; le suffrage, au lieu d’être un moyen d’appréciation, devient un instrument de guerre.

À La Haye, la chambre a repris ses travaux ; mais, à l’exception peut-être du projet d’organisation communale, il est permis de douter que ces travaux aboutissent bientôt à quelque résultat définitif. La loi communale, l’œuvre de M. Thorbecke, est généralement assez bien accueillie, c’est le corollaire des lois provinciales et électorales adoptées l’année dernière. Le projet d’organisation judiciaire ne passera point, il s’en faut, aussi aisément ; il froisse trop d’intérêt sans présenter beaucoup d’économie.

Les nouvelles des Indes sont meilleures ; les Chinois de Bornéo, les rebelles de l’île de Banka ont été forcés de se soumettre ; cette soumission rend aux Hollandais le libre usage des mines d’étain de cette île importante. On attend le retour de l’ancien gouverneur-général, M. Rochussen, vers la fin de juillet.

ALEXANDRE THOMAS

V. de Mars.