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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/197

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L’affaire de M. Jacques est à la fois plus nette et, selon nous, plus grave. M. Jaques était professeur de l’Université, il a été révoqué ; il lui est en sus interdit d’exercer des fonctions quelconques dans l’enseignement libre ; il y a jugement rendu. On peut regretter les circonstances dans lesquelles ce jugement intervient : le procès de M. Jacques était instruit par une certaine presse en même temps que par ses juges légitimes ; il est fâcheux que la sentence, qui a été un devoir de conscience pour les uns, ait pu sembler une satisfaction de parti pour les autres. Nous ne croyons pas non plus nous tromper en pensant que le surcroît de pénalité ajouté à la révocation universitaire, l’interdiction de l’enseignement libre, a dû faire grandement question parmi les juges. Le texte de la loi porte simultanément la révocation et l’interdiction ; il eût été à désirer qu’on disjoignît les deux peines, et nous avons quelque embarras à concevoir qu’il fût bien rigoureusement équitable d’appliquer la seconde. Cela dit ; il reste toujours trop clair que si l’Université n’a pas mission d’enseigner le dogme ; elle ne saurait avoir mission de l’attaquer. L’état n’est point irréligieux, il est laïque ; l’état a dans ses écoles des enfans de toutes les communions ; il doit les y garder, les y appeler tous au même titre, tant qu’il reposera sur les bases que la société modernes lui a faites, tant qu’on ne l’aura pas ramené à son origine surnaturelle d’autrefois. L’état n’a donc point à dogmatiser dans son enseignement pour une communion contre l’autre : comment admettre qu’il lui soit permis de dogmatiser contre toutes ? La règle du professeur au milieu de ces difficultés qu’on surfait toujours en alambiquant à plaisir ou par malignité, elle est écrite loyalement et simplement dans un vieux règlement de 1821, du temps de la restauration, qui était là plus libérale que ne le sont aujourd’hui bien des gens qui croient l’être beaucoup : « Le professeur saisira toutes les occasions d’entretenir ses élèves de Dieu, du roi et du pays.

Le délai que s’étaient donné les diplomates allemands réunis à Dresde pour tâcher d’arriver enfin à quelque solution n’a pas porté les fruits qu’on paraissait en attendre. Il est très probable que la conférence, qui n’avait eu depuis lors qu’une existence très languissante, va maintenant se dissoudre tout-à-fait, et si l’on songe encore, après tant de déboires, à poursuivre, au moins, en apparence, la reconstitution d’un pacte germanique, il ne reste plus désormais qu’un instrument légal : c’est toujours la diète de Francfort. On s’était accommodé de ces conférences, maintenant si misérablement avortées, pour n’avoir point à subir les embarras de tout genre qu’entraînait dans une pareille négociation le retour pur et simple du vieux cénacle diplomatique ; voici peut-être qu’on va revenir à celui-ci par dégoût des conférences. C’est ainsi que les affaires d’Allemagne se traînent sans avancer à travers des péripéties toujours semblables. Il serait assez piquant de comparer en somme la besogne qu’ont faites les diplomates de Dresde et celle qu’on peut mettre au compte des tribuns réunis à Francfort en 1848. Le congrès n’a pas été plus habile que le parlement, ou du moins les ambitions des cours ont été aussi âpres que les prétentions de l’orgueil national des peuples.

On a maintenant d’ailleurs un récit très circonstancié et qui paraît très exact de tout ce qui s’est passé à Dresde ; c’est une brochure intitulée : les Conférences de Dresde. Les négociateurs s’étaient mutuellement promis le secret.