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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/195

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cette fois M. de Vatimesnil a été embarrassé d’une discussion dans laquelle tout le monde était d’accord, et il l’a close par son ordre du four, sans qu’on ait bien compris l’utilité qu’il y avait eu à l’introduire. 466 voix ont soutenu cet ordre du jour, l’opposition s’abstenant, sous prétexte de ne pas donner une adhésion.indirecte à la loi du 31 mai. Quant au combat qu’elle devait engager sur cette loi même, il n’a pas eu lieu parce qu’elle l’a fui ; tel a été l’expédient honorable dont on s’est servi de plusieurs côtés pour ôter à cette majorité de 466 voix un champ-clos où elle se retrouvât définitivement formée. Tristes feux de la tactique parlementaire avec lesquels on use tous les ressorts du pouvoir ! A quand maintenant un ministère, à quand le débat de la révision ? L’un ne peut aller sans l’autre, et il faut que ce débat vienne pour que le pays soit éclairé jusqu’au bout.

À côté, ou pour mieux dire au-dessus de ces incidens purement politiques, il s’est produit durant ces derniers jours des faits d’un autre ordre, des faits qui jettent bien autrement de lumière, sur l’état moral sur les déchiremens de notre époque. Les courtes péripéties parlementaires que nous avons rappelées naissent et meurent avec les circonstances ; elles ne sont que des imbroglios de plus dans cette médiocre comédie que nous jouons, malgré nous, aux dépens de la France. Les épisodes que nous avons encore à mentionner pour compléter l’histoire de cette quinzaine se rattachent à des causes plus profondes, ce sont quelques anneaux intercalés encore dans une chaîne dont nous ne verrons pas la fin. Nous parlons du procès intenté par M. l’archevêque de Paris, à M. l’évêque de Chartres devant le prochain concile de Paris, et des mesures arrêtées soit par le ministre, soit par le conseil supérieur de l’instruction publique contre un professeur du Collège de France et un professeur de l’Université, M. Michelet et M. Jacques.

On sait que M. l’archevêque de Paris a publié, il y a quelque temps, une lettre pastorale où il expliquait à son clergé les règles de conduite posées par le dernier concile tenu dans sa province. Le vénérable prélat recommandait aux ecclésiastiques de son diocèse de ne point se mêler aux discordes publiques et de réserver tout leur zèle pour leur ministère de paix et de charité. Il n’y eut pas alors d’esprit impartial et sensé qui n’approuvât ce beau langage et n’y reconnut l’ame d’un pasteur chrétien. Dans les contrées où l’on a malheureusement appris par une cruelle expérience combien il en peut coûter d’avoir une église imbue d’idées moins hautes et moins généreuses, en Piémont, en Belgique, on n’a pas eu assez d’éloges pour l’instruction de monseigneur de Paris. Là pas plus que chez nous on ne l’a vantée pour ce qu’elle ne devait pas être ; on ne s’est point avisé de dénaturer la pensée du pieux évêque, de lui prêter les intentions et des tendances secrètes ; on l’a prise respectueusement telle qu’il la donnait, et on l’a remercié, non pas d’abonder dans les voies du siècle, mais de savoir s’en écarter avec un si noble à-propos. Cependant il s’est élevé peu à peu d’abord à ras de terre, puis plus haut, puis comme un tourbillon, je ne sais quel vent d’injure et de calomnie qui a soufflé de toute sa force sur le premier pasteur de ce diocèse. On a murmuré, on a dit, on a imprimé que le mandement a mis dans la joie tous les corps francs et tous les carbonari, que l’archevêque de Paris faisait du socialisme dans les faubourgs, et qu’il condamnait dans son clergé toute manifestation politique, parce qu’il y était le seul de