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vrai parti national en France, c’est celui qui ne voulait ni d’un roi calviniste ni d’un roi ligueur, c’est celui qui revendique aujourd’hui pour son ère politique la date ineffaçable de 89, et qui ne consent ni à remonter au-delà ni à descendre en-deçà. Ce n’est guère le moment d’insister encore sur les fautes qui ont pu compromettre la mission d’équilibre et de transaction pour laquelle la monarchie de juillet était si merveilleusement adaptée. Quelles que soient ces fautes on ne saurait méconnaître quelle répondait par son essence même à ce profond besoin de tempéramens et de mesure qui est le caractère de la nation. Elle n’était et n’entendait être ni de 1788 ni de 1792 ; elle avait pour se guider une ligne moyenne entre toutes les exagérations de système, et cette ligne lui était tracée par une sorte de nécessité de position contre laquelle les diversités et les variations des personnes ne pouvaient prévaloir. Aussi a-t-on le droit de dire que le parti orléaniste n’est point, à proprement parler, un parti qui repose sur un attachement exclusif pour les personnes ; il est la grande masse raisonnable de tous ceux qui ne veulent d’utopies ni d’excès ni en avant ni en arrière, qui demandent à vivre avec le temps et selon le temps, avec la vraie liberté, qui n’est ni le privilège à la façon des ultras de la droite, ni la licence à la façon des démagogues. Ce parti peut éprouver des revers, il peut par instans être pris et comme écrasé entre les partis extrêmes ; mais on ne saurait empêcher que ce soit à lui que revienne toujours en dernière analyse le gouvernement de la France, parce qu’il est la majorité de fait et de droit, parce que les autres ne sont que des minorités qui ne vivent un peu que de ce qu’ils lui empruntent et non pas de ce qui leur est propre. Si la nation n’a pas absolument perdu toute ressource et toute énergie, c’est ce parti qui doit prononcer le dernier mot de la crise. Quel sera ce mot, et sous quel nom le parti se ralliera-t-il ? Ce qu’il y a de sûr, c’est qu’il ne peut avoir trop d’en-cas dans l’état présent de la France ; ce qu’il y a de sûr aussi, c’est que ce n’est pas le moyen de le gagner que de le ramener au joug brutal du scrutin des radicaux.

Sous le bénéfice des observations qui précèdent, il nous est maintenant facile de donner brièvement l’idée des quelques faits qui nous les suggèrent. L’irrésolution du ministère au sujet des élections de la garde nationale avait pu paraître un symptôme assez inquiétant. Des explications trop indispensables données, reprises et renouvelées par le cabinet, ce qu’il résultait de plus clair, c’est que l’on craignait assez vivement de s’engager par une initiative quelconque sur la question du suffrage universel. On avait pensé d’abord à ouvrir le scrutin dans les légions, comme si la loi du 31 mai n’eût pas existé ; on avait dû bientôt reculer devant cette anomalie d’un double système électoral, mais on ne voulait pas non plus prendre trop ouvertement sur soi de déclarer que l’on considérait l’ancien système comme abrogé en ajournant officiellement les élections plutôt que d’employer celui-là. Il a fallu qu’une commission parlementaire eût le courage que n’avait pas eu le gouvernement et acceptât à sa place la responsabilité d’une nouvelle sanction apportée comme par surcroît à la loi du 31 mai. Les partisans de cette loi (et nous sommes heureux de constater que la réunion des Pyramides, malgré les vicissitudes qu’elle a pu subir, est unanime pour la défendre), les partisans décidés de cette loi ont ensuite vu, comme nous l’avons dit, avec encore plus de peine l’espèce d’en-