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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/154

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des collines opposées. Ce petit port, qu’abrite une ceinture d’îlots, semble fait exprès pour mener la contrebande dans les pampas. Nous en avons fait plus d’une fois l’expérience dans nos blocus de la Plata. Les Portugais s’en saisirent en 1680, y élevèrent une forteresse qui prit le nom de Colonia-del-Sacramento, et en firent un foyer de contrebande. De combien de combats cette langue de terre fut le théâtre ! Pendant un siècle, Espagnols et Portugais s’acharnèrent à ce promontoire, qui finit pourtant par rester à l’Espagne aux termes du traité de 1777, et alors seulement la paix régna sur le Rio de la Plata

Le rôle, qu’a joué Buenos-Ayres comme, siége du gouvernement et de la vice-royauté de la Plata peut être défini en quelques mots : — à l’intérieur, ouvrir à travers le désert des routes de caravane qui reliassent en un seul faisceau les villes situées à l’est de la Cordilière ; refouler au fond des pampas les sauvages qui les infestaient et poussaient leurs irruptions jusqu’aux faubourgs de la ville ; — à l’extérieur, s’opposer aux envahissemens des Portugais et à la contrebande armée que, de concert avec les Anglais et les Français, ils menaient le long de la côte. — Ce fut pour expulser du promontoire de Montevideo les Portugais qui s’y étaient établis en 1723, que les Espagnols fondèrent en 1726 la ville actuelle, qui porte ce nom avec des familles venues des Canaries. Ce fut pour chasser les Français qui avaient créé dans la rade de Maldonado un établissement de contrebande en 1720, que le gouverneur de Buenos-Ayres résolut d’y construire un fort ; mais cette malheureuse province Orientale, ravagée comme aujourd’hui, tantôt par les troupes brésiliennes, tantôt par celles de Buenos-Ayres, ne put développer les richesses de son sol fertile qu’à l’époque où l’Espagne domina enfin sur les deux rives de la Plata et les força de vivre en paix. Alors chacune des deux villes rivales grandit suivant ses conditions normales : Montevideo fut le centre où convergèrent les intérêts de la Bande Orientale de l’Uruguay, et Buenos-Ayres, l’aboutissant obligé de toutes les grandes voies intérieures, devint la capitale commerciale et politique du vaste bassin qui s’étend à l’orient des Andes ; tout prospéra dans le Rio de la Plata, et cette prospérité durait encore quand le vice-roi espagnol fut déposé par les chefs de l’insurrection populaire du 25 mai 1810.

Le mouvement révolutionnaire se déroula dans l’ancienne vice-royauté suivant l’esprit même de la société autrefois soumise à l’Espagne. Dans la campagne vit clair-semée une, population de pâtres indépendans que ne rapproche pour ainsi dire aucun lien social ; le sentiment de l’égalité règne là dans toute sa force ; c’est la loi du climat et du sol. Puis s’élèvent à de grandes distances l’une de l’autre, quelques rares cités habitées par des marchands et des propriétaires trafiquant eux-mêmes du produit de leurs terres où ils ne résident jamais