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de leurs travaux que les commanderies sont distribuées aux Espagnols de par le roi ; la liste commence par l’adelantado Juan de Vera, qui reçoit pour sa part les Guaranis des îles ; elle finit par Juan de Garay, qui s’attribue les Indiens soumis aux deux caciques Quanjipen et Sibacua. Enfin, toujours dans la même pensée, la ville de Siete-Corrientes fut fondée en 1788, à la jonction du Paraguay avec le Parana, qui sépanouit là en sept courans distincts. Burenos-Ayres, Santa-Fé, Correintes, l’Assomption, devaient former les échelles du Pérou, en faisant du Paraguay l’entrepôt de l’Amériquecentrale. Vain projet ! d’insurmontables difficultés du côté du Haut-Pérou déjouèrent tous ces efforts ; le Paraguay, rejeté en dehors du mouvement des sociétés, devint un lieu de douce retraite, de riches métairies, de grasses abbays, et la force des circonstances a fait de Buenos-Ayres la capitale de tout le pays.

À la même époque, et pousxsés par un instinct semblable, les conquérans du Pérou étaient descendus des cimes de leurs cordilières. Les Espagnols du Paraguay avaient couru après l’ombre du roi d’argent : ceux du Pérou poursuivirent, à travers les pampas, la chimérique Trapalanda ou Cité des Césars aux murs d’argent, aux toits d’or, aux fenêtres de diamant. Chaque jour, comme un mirage, la cité fantastique fuyait et les entraînait vers les déserts de la Patagonie. Ainsi que sur les bords du Parana, ce rêve d’or aboutit à de riches commanderies, et suivant une route inverse, les Espagnols du Pérou élevèrent successivement, et pour asservir les Indiens qu’on destinait comme de vils troupeaux à l’exploitation des mines, Santiago del Estero en 1553, San-Miguel de Tucuman en 1565, Cordova en 1573, Catamarca en 1583, Salta en 1582, Jujuy en 1592, La Rioja en 1595, et San-Juan en 1607. en un mot, à la fin du siècle, toutes les grandes capitales des états qui forment aujourd’hui la Confédération Argentine étaient fondées, et la force des choses en faisait converger toutes les routes vers Buenos-Ayres.

Ce siècle fut l’ère des armes ; les phases qu’il présente se retrouvent dans la conquête de tout pays. D’abord les conquérans eurent à vaincre une résistance générale et ardente, qui bientôt s’éparpilla en combats partiels, chaque jour moins redoutables, et ainsi l’autorité civile et militaire fut vaincus. Ensuite, les antiques dieux de la patrie se réveillèrent à la voix des prêtres ou des sorciers qu’on chassait ; toutes les ames en furent émues, un soulèvement universel éclata, mais il fut aisé d’en triompher, les vrais soldats avaient été exterminés, il ne restait plus qu’une race amoindrie. L’Evangile alors put se faire entendre, la parole de Dieu devenait la protectrice des vaincus, qui se réfugièrent dans cette religion des malheureux. L’ère de la prédication était venue ; les missionnaires accoururent.