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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/1170

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vaudrait mieux n’avoir point à se résigner. L’enivrement des acclamations et dès fêtes populaires ne doit pas exalter sa reconnaissance à un point où elle dépasserait la juste mesure de celle qu’on a pour lui.

Ce peuple est ainsi fait à présent, qu’on ne s’y trompe pas : il n’a de gratitude qu’une gratitude très raisonnée ; c’est la poétiser beaucoup que de la prendre pour « une sympathie touchante. » Il est reconnaissant, parce qu’il estime à sa plus juste valeur les services qu’on lui rend ou qu’on lui rendra ; il sera même reconnaissant jusqu’à trouver bon qu’on lui dise « qu’il ne périra pas dans les mains où il est : » c’est une assurance qui l’encourage à se laisser vivre ; nais, à votre tour, ne vous laissez pas tomber en le voulant ravir, car il n’est pas dit qu’il vous soutiendrait, si vous vous manquiez à vous-mêmes. Du reste, le plus sage est à présent de s’en tenir aux paroles si dignes et si mesurées de M. Léon Faucher dans la discussion provoquée sur le discours du président de la république au sein de l’assemblée. L’insistance énergique et dévouée du ministre de l’intérieur avait déjà diminué la gravité de l’embarras avant même qu’il devînt une difficulté parlementaire. Une fois sur ce terrain, M. Faucher a couvert avec beaucoup d’à-propos et de fermeté une position délicate. Nous disons donc comme lui : — Il n’y a qu’un discours prononcé par M. le président à Dijon, c’est celui qui est inséré au Moniteur. — Nous disons en même temps, comme disait M. Piscatory en acceptant très habilement et très loyalement la déclaration de M. Faucher : « Si ces paroles ont été dites, elles sont retirées ; si elles ont été pensées, la pensée est rétractée par le gouvernement. » Nous aimons beaucoup mieux la manière dont la discussion s’est ainsi trouvée close que celle dont elle était engagée par le général Changarnier. C’est assurément d’un très mauvais exemple que les grands pouvoirs de l’état s’adressent réciproquement des duretés trop publiques ; mais c’est peut-être encore d’une plus fâcheuse conséquence de voir les généraux s’offrir si hautement, eux et leur épée, pour protéger l’un et pour menacer l’autre. Les mandataires de la France sont défendus par l’inviolabilité de leur mandat et par les attributions exécutives de leur président ; le zèle du général Changarnier dut paraître au moins présomptueux aux rigides parlementaires.

Tout ce débat était d’ailleurs venu par incident ; mais, comme il était dans l’air, il fallait bien qu’il éclatât. Le lien était d’ailleurs facile à nouer entre l’histoire toute fraîche qui courait les bancs de l’assemblée et la question que l’on traitait à la tribune : il s’agissait de récompenses à donner aux soldats qui avaient fait leur devoir dans les révolutions politiques, — de fixer le point, s’il existe, où finit le devoir de l’obéissance militaire. Ce débat, aussi compromettant qu’inutile, s’est malheureusement encore renouvelé il y a deux jours, et il a fourni aux représentans de la montagne l’occasion d’un de ces scandales déplorables qu’ils ne ménagent point assez au pays. M. Arnaud (de l’Ariège), M. de Flotte, ont entrepris l’un après l’autre de soutenir la thèse la plus anarchique qui depuis long-temps ait égaré les délibérations de l’assemblée nationale. M. Arnaud (de l’Ariége) ne veut accepter, ni dans l’armée ni dans l’état, d’autre autorité que celle de la conscience individuelle ; il accorde au soldat le droit de briser son épée et d’abandonner son drapeau en face de l’ennemi, de l’étranger ; il accorde au citoyen le droit d’insurrection contre toute loi qui le