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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/1167

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1852 le droit au fusil refera la conquête du droit au suffrage. » A cette attitude injurieuse de la montagne, n’est-ce point la nation qui doit opposer les preuves convaincantes de ses véritables sentimens, puisque la majorité n’est plus à même de les traduire d’une façon efficace ?

Le pétitionnement en France est peut-être plutôt dans les habitudes des partis turbulens que dans celles du parti de l’ordre ; pourquoi celui-ci ne l’accepterait-il pas pour multiplier les rares moyens d’action dont il dispose ? D’ailleurs, avec l’extension nouvelle des droits politiques, le pays qui pétitionne ne saurait être au fond que le pays électoral lui-même intervenant seulement d’une façon plus modeste dans le mouvement général, parce qu’il intervient sans avoir été régulièrement convoqué. Le droit de pétition, ainsi exercé par grandes masses, pourrait sans doute, quelque convenable qu’il soit en lui-même, friser un peu les méthodes révolutionnaires, et ressembler de loin au radicalisme arbitraire de la souveraineté du peuple, toujours suspendue, dans l’idéal des démagogues, sur la tête des autorités établies ; — mais, pour éviter jusqu’à l’apparence de tomber dans les sentiers de la révolution, permettra-t-on à la révolution de jouir en toute assurance du triomphe qu’elle s’est ménagé, de s’incarner en quelque sorte dans ces cent quatre-vingt-huit députés qui suffisent pour en proroger l’ascendant, et de trôner ainsi au faîte de la montagne sans avoir même à souffrir le trouble des réclamations, des doléances universelles ? Étrange alternative en face de laquelle le bon sens veut pourtant qu’il y ait une solution moyenne et raisonnable ! Ou vous pétitionnerez trop fort (et le pétitionnement gagne, à vrai dire, des proportions de plus en plus vastes), mais vous risquerez peut-être de diminuer d’autant la légalité, votre dernière sauvegarde ; ou vous pétitionnerez à voix basse et à pas de loup, de manière à ne pas déranger les cent quatre-vingt-huit, mais vous donnerez raison à leur orgueil, et ils affirmeront qu’ils ne vous ont pas entendus.

S’ils l’affirment enfin, reprend-on, si en tout état de cause il se rallie toujours à la consigne le strict nombre qu’il faut pour n’en pas démordre, à quoi pourrez-vous alors aviser ? Il vous restera de votre campagne des institutions discréditées, et vous n’avez qu’à la regarder comme perdue, si, après avoir témoigné tant de fois de votre amour pour la légalité, vous n’êtes point poussés quand même aux expédiens illégaux. — Non, la campagne ne sera point perdue, si la révision n’arrive pas au plus prochain terme, — si, contrairement à l’hypothèse que ceux mêmes qui ne la désirent pas tiennent pour sa conséquence la plus probable, la révision n’aboutit point à rouvrir au président de la république les chances d’une nouvelle candidature. Il serait insensé de ne pas voir que, l’envie d’assurer ces chances entre et doit entrer pour beaucoup dans la propagation du mouvement révisioniste. Ce serait s’abuser tout-à-fait de supposer que, ces chances une fois ruinées, ce mouvement n’aurait plus de portée, qu’il avorterait entièrement, à moins d’un coup de main qui l’utilisât. Un homme peut beaucoup pour le salut de son pays, mais c’est un pays déjà mort que celui dont le salut dépendrait d’un homme. Le salut de la France est dans la résolution plus ou moins ferme avec laquelle elle saura manifester à la fois et la volonté d’user à son gré d’elle-même, et la volonté de maintenir, quoi qu’il en coûte, le culte du droit positif, de la loi écrite, pour ne