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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/1121

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commencée, on pressait M. de Favras, on le harcelait sans relâche ; on lui écrivait sans cesse pour l’obliger à répondre, on manquait à tous les rendez-vous pour le forcer à mettre sur le papier des réponses compromettantes à des questions insidieusement posées. Toutes ces lettres existent, et nous pouvons copier sur les textes mêmes [1]. À dater du 8 décembre, M. Chomel ouvre la correspondance. « J’attends en vain depuis deux jours, monsieur le marquis, votre réponse à la lettre que j’ai eu l’honneur de vous écrire avant-hier. Les personnes avec qui je traite sont surprises de ce retard. Il faudrait conclure sans délai. » Le 14, il ajoute : « Je vous supplie, monsieur le marquis, de vouloir bien avoir la complaisance de me faire savoir où nous en sommes ; mes commettans sont surpris de ce retard. » Le 16, il revient à la charge, et cette fois il se montre plus explicite. « J’ai pensé, monsieur le marquis, qu’au cas où vous trouveriez encore quelques difficultés à faire approuver le projet de soumission par la personne principale, il serait suffisant qu’il fût approuvé par quelques personnes connues attachées à la personne principale ; mais il faut surtout se hâter. » Quatre jours après, on regrette cette concession ; on paraît craindre que ce moyen terme ne soit accepté et que le comte de Provence ne se dérobe par cette issue maladroitement ouverte, et M. Chomel écrit le 20 décembre : « Je n’ai pu réussir à lever la difficulté principale. Mes amis (on devine quels étaient ces amis anonymes), mes amis sont très mécontens que j’insiste auprès d’eux pour les engager à se relâcher davantage. Ils disent, et j’avoue que je ne sais quelle réponse valable leur faire, qu’assurément leur objet ne peut avoir été de faire une simple opération de finances ; que, sous ce point de vue, ils se seraient exposés de gaieté de cœur à perdre 4 ou 500,000 francs. Ils ne se sont pas fait d’illusion à cet égard dès le principe, et il ne peut y avoir que le désir ardent de rétablir les affaires dans leur patrie qui puisse engager des particuliers, même opulens, à s’exposer à de tels risques. » Il va sans dire que, sous le nom de patrie, on désigne ici la Hollande, qui était la patrie de M. Chomel, mais on a soin de ne pas la nommer. On parle au figuré et l’on invite à répondre sur le même ton. Puis on ajoute « Il ne peut exister de sûreté à l’égard de mes amis qu’autant qu’ils pourront se convaincre que les deux personnes distinguées dont vous nous avez parlé s’intéressent véritablement à eux, surtout la première, qui seule peut assurer les opérations et les récompenses. On se croit en droit de solliciter à cet égard des assurances positives, par écrit, et l’on estime avoir poussé les égards aussi loin qu’il est possible en ne demandant que d’avoir de telles assurances sans prétendre les garder en main. » Le sens de ces lettres est clair. Si le comte de Provence faisait un emprunt

  1. Affaire Favras. Pièce 6. (Archives de la préfecture de police.)