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fait jour jusqu’au pied de la tribune nationale, et là, tandis que les femmes qui le suivaient appelaient à grands cris « leur comte de Mirabeau, » la salle se remplissait de piques et de pistolets. Chaque député fut bientôt entouré et menacé. Les femmes, excitées par plusieurs représentans, notamment par un jeune homme encore peu connu, qui se nommait Robespierre, brandissaient des poignards et poussaient des cris de mort.

À trois heures du matin, il fallut lever la séance. Ne sachant comment employer le reste de la nuit, la horde de Maillard, qui n’avait plus rien à faire à l’assemblée, songea à piller le château et à assassiner le roi. Elle força les grilles, et l’on sait quelles horribles scènes eurent lieu cette nuit-là malgré les efforts de M. de Lafayette, qui fit des prodiges de courage. Bien que la calomnie ne l’ait point épargné, il n’en est pas moins vrai qu’il sauva Versailles le 6 octobre. La reine dut la vie au garde-du-corps Miomandre, qui se fit assommer à la porte de sa chambre, et à un jeune sergent, nommé Hoche, qui devait en peu d’années rendre ce nom, alors inconnu, un des plus justement célèbres de l’histoire contemporaine. Le pacificateur de la Vendée n’oublia jamais cette nuit mémorable où il défendit si courageusement la reine, et il conserva toujours pour elle une profonde vénération. La Providence prenait pitié de notre histoire, et accordait cette compensation à la France, à l’humanité et même à la révolution, de montrer la noble figure de Hoche au fond de la scène où apparaissaient, à la même heure, les personnages honteux de Maillard et de Théroigne de Méricourt, qui fut une des héroïnes du 6 octobre. M. de Lafayette, qui note dans ses mémoires la belle conduite du sergent Hoche, rapporte que, lorsqu’il entra lui-même au château et qu’il traversa dans l’OEil-de-Beeuf la foule des courtisans et des officiers exaspérés, l’un d’eux s’écria : Voilà Cromwel ! Cette apostrophe, qui est restée anonyme, je l’attribuerais volontiers à M. de Favras, qui se trouvait là, plus indigné que tous les autres, et qui ne pardonna jamais au commandant de la milice de Paris de s’être mêlé le 5 octobre, fût-ce même pour la modérer, à la populace insurgée. — Cromwel ne serait pas venu seul, lui répondit fièrement M. de Lafayette, et il passa. Tout le monde connaît la petite réconciliation théâtrale qui mit fin pour quelques heures au désordre. Au point du jour, le marquis de Lafayette parut sur le balcon du château avec la reine ; aux yeux de la foule immense qui hurlait dans les jardins, il baisa respectueusement la main de Marie-Antoinette, et remit avec ostentation sa cocarde à un garde-du-corps. On ne manqua pas d’applaudir, car le peuple de Paris applaudit tout ce qui ressemble à une scène de théâtre. La paix semblait faite entre la révolution et la monarchie, entre la garde nationale et l’armée ;