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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/1065

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qui commande et reçoit directement du manufacturier les objets demandés. Arrivées à Valparaiso ou à Lima, les marchandises anglaises sont achetées par les détaillans du Chili ou du Pérou ; on n’exige d’eux qu’une partie du prix au comptant ; on leur donne de grandes facilités pour le reste, et, si la maison anglaise parvient à recouvrer seulement la moitié du prix convenu, elle a déjà fait un bénéfice suffisant. Notre commerce est malheureusement beaucoup plus gêné dans ses opérations. Les subrécargues de nos bâtimens, après quelques voyages sur les côtes de l’Amérique du Sud, trouvent aisément à se créer une pacotille ; mais, l’achetant à crédit, ils ne peuvent être exigeans sur le choix et la qualité des marchandises. Arrivés en Amérique, il faut qu’ils vendent cette pacotille, et cela au comptant, car au retour ils doivent satisfaire à leurs obligations. Si, la spéculation terminée, ils n’ont pas gagné 50 pour 100, ils peuvent à peine payer leurs frais de voyage, de séjour et de commission. La bonne foi peut difficilement s’arranger de conditions si dures ; aussi notre bijouterie est-elle traitée au Pérou de chrysocale et appelée or français. L’on ne veut plus de nos vins frelatés, de nos toiles qui diffèrent trop souvent de l’échantillon montré. Ici, comme partout, le commerce français est compromis par l’inintelligence et la légèreté coupable des agens auxquels il est confié.

Il était toujours entré dans mon plan de revenir par les pampas jusqu’à Buenos-Ayres, et de m’embarquer là pour le Brésil ; mais, après mon dernier voyage dans les Cordillères, je me sentais fort peu disposé à recommencer mes promenades à dos de mule. Je m’arrêtai donc au parti le plus simple, c’est-à-dire à doubler le cap Horn. Je m’embarquai au Callao sur un brick français, et, quarante-huit jours après avoir quitté la république péruvienne, je prenais terre dans l’empire brésilien.


E. DE LAVANDAIS.