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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/1055

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L’on en conçoit tous les inconvéniens : perte de grain et de paille, surcroît de dépense, lenteur et irrégularité du travail. L’agriculture est restée, dans ces pays, ce qu’elle était au temps de la conquête : la charrue n’a pas de roues, et le soc est formé d’une barre de fer longue d’un pied et large de deux pouces, qui est attachée au bois par une sangle. Cet instrument gratte à peine la terre à une profondeur de trois ou quatre pouces, et pourtant le blé forme la grande richesse de ce département ; on ne songe pas à cultiver la vigne, qui, dans ces terrains légers et crayeux, donnerait une bonne qualité de vin.

La population de Guamanga est de six milles ames, pour la plupart blancs et métis. Il y a un collège où, comme au Cusco, l’éducation est toute classique et catholique, et tout aussi médiocre. Je passai à Guamanga quinze jours, et je quittai cette ville regrettant, je n’ose pas dire des amis, mais des personnes qui m’avaient traité avec bonhomie et bienveillance.

Le petit village de Quina est à cinq lieues d’Ayacucho. De là le terrain s’élève en pente douce jusqu’au pied d’une de ces nombreuses montagnes, rameaux de la grande Cordillère. La plaine qui s’étend entre le village et la montagne, au pied de la montagne même, a été le théâtre de la célèbre bataille d’Ayacucho, restée, dans l’histoire moderne du Pérou, comme l’événement le plus important de la guerre de l’indépendance. Là, cinq mille hommes en combattirent neuf mille ; contre toute probabilité, les vieux soldats de la guerre de la Péninsule capitulèrent devant les gauchos colombiens et les Indiens de la sierra. Du côté des Espagnols, il y eut confiance et négligence ; résolution du côté des indépendans. Le vice-roi Lacerna était en désaccord avec ses généraux, et les généraux étaient en désaccord entre eux. On prétend que le vice-roi ne songeait à rien moins qu’à élever pour son propre compte un trône constitutionnel au Pérou, que ce but était avoué par lui et soutenu par nombre de partisans, pour la plupart Américains, et qu’il en résultait une grande indécision dans sa conduite vis-à-vis des indépendans.

L’armée espagnole, infanterie et cavalerie, était rangée sur la montagne qui domine la plaine de Quina. Les tirailleurs espagnols descendirent et ouvrirent le feu ; les tirailleurs américains avancèrent sur eux, et les firent reculer. L’armée espagnole s’ébranla pour soutenir les siens ; mais, au-dessus de la plaine, la montagne est très raide : il fallut prendre un chemin moins rapide et plus étroit, par lequel un bataillon seul pouvait descendre à la fois. À mesure que ce bataillon débouchait dans la plaine, il se trouvait en face d’un corps plus nombreux de troupes des indépendans, qui le chargeait et le culbutait avant que les autres bataillons ou escadrons qui descendaient à la file eussent le temps de se déployer. Lacerna, voyant les troupes espagnoles hésiter, quitta précipitamment