Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/1047

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


conférence s’établit. Les envoyés exposèrent le but de leur mission et firent, de la part de la cour d’Espagne, les propositions formulées par le vice-roi. Le conseil de l’inca s’assembla, et il fut déclaré d’une commune voix que remettre ce prince aux mains des Espagnols, c’était le livrer à la mort. Les envoyés revinrent au Cusco, apportant un refus formel de la part de l’inca. Le vice-roi ne se découragea point : il nomma une nouvelle députation, composée en partie de nobles péruviens, partisans ou amis de la famille des Incas. Ceux-ci pénétrèrent jusqu’à Vilcabamba ou Choquiquirao, ils obtinrent de Sayritupac qu’il renoncerait à son exil volontaire et viendrait à la ville sacrée du Soleil. Ce malheureux prince périt plus tard assommé comme un bœuf par un capitaine espagnol qui, jouant avec lui aux quilles, lui lança dans un moment de colère sa boule à la tête.

Il est probable que c’est à l’époque du départ de Sayritupac que furent abandonnées ces villes-forteresses situées dans les montagnes de la rive droite de l’Apurimac. Disant pour jamais adieu à leur triste séjour, les habitans suivirent leur prince, emportant tout ce qu’ils avaient d’objets précieux. Ainsi s’explique l’absence complète d’ornemens et d’ustensiles anciens au milieu des ruines de Choquiquirao. Au bout de quelques jours, nous étions tous désappointés, mes co-associés de ne pas trouver d’or, et moi de n’avoir à rapporter que quelques fragmens de vases et deux ou trois topos de cuivre. De nouvelles fouilles auraient été peut-être plus heureuses ; mais les vivres commençaient à nous manquer, et il fallut songer au départ. Après quelques jours de marche plus pénibles encore que les premiers, nous étions de retour à Yanama. Le lendemain, sans plus tarder, je dis adieu à mes compagnons de découverte, auxquels je souhaitai meilleur succès dans une seconde visite à Choquiquirao, et, reprenant le chemin des nevaos d’Yanama et de la vallée de Guatquinia, je passai de nouveau, et sans accident, la grande Cordillère du Soraï et du Salcantay. Le 22 juillet, je me trouvai avec joie à Mollepata, sur le chemin de Lima.


III. – LE BAS-PEROU.

Les approches d’une grande capitale sont partout curieuses ; mais, au Pérou surtout, il y a un intérêt singulier à observer les changemens qui se produisent dans les mœurs des populations et dans l’aspect du pays à mesure qu’on s’avance mers Lima. Le Bas-Pérou a une physionomie originale, et dont on saisit mieux les traits principaux au sortir des âpres solitudes des Cordillères. Les pluies avaient tout-à-fait cessé quand je repris la route de Lima, et les chemins étaient devenus praticables. C’était un véritable bonheur pour moi, qui, depuis Cusco, n’avais rencontré que montées et descentes ardues. Ces sentiers, bons