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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/1024

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femme le suivait à quelques pas de distance par respect ; le caporal donnait la main à l’enfant. Ils se regardaient l’un l’autre avec attendrissement et surprise, mais aussi avec une entière confiance. Dans le cœur du grand soldat, comme dans celui du petit bambin, parlait ce sentiment que Cervantes a si justement appelé la fuerza de la sangre, la force du sang.

Cet enfant venait de passer plus de deux ans en assez mauvaise compagnie ; il en avait quatre. Sa mère proposa de le faire élever par les prêtres français de la mission, et Pérumal y consentit. Il était trop content de trouver une occasion de plaire à Padmavati ; les Hindous, d’ailleurs, ne sont pas fâchés de jouer pièce aux divinités qu’ils ont le plus fatiguées de leurs prières, quand celles-ci ne les ont point exaucés. — Après tout, disait-il, je veux bien qu’il soit chrétien ; mes dieux ne se sont point donné la peine de me le rendre, et je ne les en remercierai pas ! C’est toi qui me l’as ramené.

Plus d’une fois, le petit Hindou troubla par ses espiègleries la classe où d’autres enfans de son âge écoutaient avec docilité et attention les enseignemens des prêtres catholiques : les mauvais tours que lui avaient appris les Kouravars ne pouvaient tout de suite sortir de sa mémoire. Bientôt cependant, son bon naturel reprenant le dessus, il se montra digne de ses nouveaux maîtres. Quand j’ai connu le fils de Pérumal, il y a dix ans bientôt, — il parlait couramment le français, le tamoul, le télinga, et savait assez d’anglais pour se faire comprendre ; je doute que les brahmanes lui en eussent appris davantage. Les missionnaires, en le baptisant, lui ont donné le nom de René, Renatus, parce que son père l’avait long-temps cru mort. Vêtu de la blanche robe de lin, comme l’enfant de chœur dont la douce voix avait si vivement impressionné sa mère, il chante aux offices et porte, les jours de grande fête, un beau chandelier d’argent devant l’évêque.

Quant au cipaye Pérumal, qui se désolait de n’avoir pas de postérité, il est parfaitement rassuré sur ce point. Outre celui que la Providence lui a rendu, il comptait, lorsque je le vis, une demi-douzaine de charmans enfans bien noirs, mais alertes, dispos et heureux de s’épanouir sous le beau ciel de l’Asie.

Th. Pavie.