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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/965

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Ne manque-t-il d’ailleurs rien à l’établissement commercial du Hâvre ? Ce qui se passe en ce moment pour l’organisation du service des paquebots transatlantiques est une affligeante réponse à cette question. Les bâtimens de plus de cinq mètres de tirant d’eau ne peuvent entrer au Hâvre qu’aux marées de pleine et de nouvelle lune. Les paquebots sont dans ce cas, et la plupart du temps la malle du Hâvre part de Cherbourg. Il serait assurément très préférable de l’expédier d’Étretat et de l’y recevoir ; la distance serait de 32 kilomètres au lieu de 170. Étretat ne comporte pas, à mon sens, l’exécution du vaste projet de M. de Lamblardie ; mais, réduit à des proportions modestes, le port pourrait être préservé du galet, et serait pour le Hâvre un secours et non une concurrence.

La nature a si peu fait pour notre établissement maritime, qu’il ne nous est permis de négliger aucune de nos ressources, et le premier aspect d’Étretat appelle tout au moins une étude approfondie du parti qu’il serait possible d’en tirer. La fondation d’un port ne se décide point sur de simples apparences ; elle n’arrive à sa fin que lorsque toutes les conditions en ont été prévues avec justesse, et le temps est, pour y parvenir, un auxiliaire dont il n’est pas possible de se passer. Une seule chose est urgente à exécuter à Étretat.

Accessible à toute heure de la marée, la plage offre, par le beau temps, un point de débarquement sûr et commode : située à 14 kilomètres de Fécamp, à 32 du Hâvre, elle n’est séparée de ces villes que par un plateau légèrement ondulé ; l’ennemi qui la prendrait pour point de départ atteindrait de plain-pied les falaises qui dominent l’une, ou les hauteurs d’Ingouville qui commandent l’autre, et avant que ces places, dont l’une est ouverte et l’autre fort mal fortifiée, fussent secourues, il serait maître de les incendier. Nous ne sommes plus au temps où l’on pouvait souhaiter qu’une expédition anglaise s’aventurât ainsi sur notre territoire ; la navigation à vapeur a changé toutes les conditions de l’attaque des côtes, et l’artillerie acquiert chaque jour des moyens de destruction plus rapides. Il est donc indispensable de défendre l’abord d’Étretat. Les deux falaises qui bastionnent la vallée ne sont pas à 600 mètres l’une de l’autre ; au pied de chacune sont de mauvais épaulemens à peine propres à recevoir une demi-douzaine de canons des batteries étagées sur les pentes des falaises rendraient l’intervalle inabordable. Presque tous les pêcheurs ont servi sur les bâtimens de l’état et sont familiarisés avec la manœuvre du canon ; il ne manque à ces braves gens que des parapets, des magasins, des armes, et c’est chez eux qu’il faut commencer les fortifications du Hâvre.

L’attérage d’Étretat est sans rade et ne comporte point de possibilité d’en créer une. Le mouillage forain que nous décorons du titre de grande rade du Hâvre n’en est éloigné que de dix milles ; dans l’intervalle,