Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/957

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


accompagnaient les invasions des Normands ; ce peuple navigateur a dû poser ses premières habitations sur la berge où s’amarraient ses barques.

La période de la plus grande prospérité de Dieppe correspond à l’époque des Valois. La marée remontait encore fort au-delà d’Étrau, à environ 4,000 mètres de l’entrée du chenal actuel, et formait en arrière de la ville un bassin naturel capable de contenir les plus grandes flottes du temps ; la passe était et plus large et plus courte que de nos jours, et la masse d’eau que chaque marée jetait au-delà alimentait des courans qui tenaient le chenal libre : les navires n’avaient pas alors le tirant d’eau des nôtres, et le port, tel que l’avait fait la nature, satisfaisait à tous les besoins de la navigation.

Les Recherches de M. Estancelin sur les Voyages et les.Découvertes des navigateurs normands ont restitué aux Dieppois de cette époque des titres de gloire qu’avaient usurpés les marines étrangères ; elles ont montré en eux les véritables auteurs des découvertes qui ont le plus étendu l’horizon du monde commerçant. Dès 1364, soixante ans avant que les Portugais aperçussent les côtes de Guinée, deux bâtimens partis de Dieppe gagnèrent les Canaries, reconnurent le cap Vert auquel ils donnèrent le nom qu’il a conservé, descendirent au-delà de Rio-Sestos, et rapportèrent à Dieppe les premiers chargemens de poivre et d’ivoire qui y eussent paru. Cette expédition fut suivie de beaucoup d’autres, et de nombreux comptoirs furent formés sur ces côtes et au-delà de la ligne ; mais ce n’étaient que des établissemens particuliers : le gouvernement, dont la négligence s’explique par les préoccupations et les embarras du temps, ne les protégeait point, les ignorait peut-être, et le Portugal, où tous les esprits et toutes les forces étaient alors tendus vers ce commerce, se réunissant contre une ville de France, parvint, après une lutte de plus de soixante ans, à évincer de ces vastes contrées ceux qui en avaient enseigné le chemin. Dès 1402, Jean de Béthancourt, gentilhomme des environs de Dieppe, secondé par le courage de quelques-uns de ses compatriotes, s’était fait souverain des Canaries. Ces succès avaient surexcité les ames, et Dieppe devint le premier lieu de l’Europe où l’hydrographie fut étudiée comme une science ; elle guida bientôt ses marins à de nouvelles découvertes. Le capitaine Cousin partit en 1488 pour un voyage qu’il poussa jusqu’à la rivière des Amazones, et rencontra, au retour, la pointe méridionale de l’Afrique, devançant par le tracé d’un si vaste triangle au travers de mers inconnues, Colomb dans le Nouveau-Monde, et Vasco de Gama au cap de Bonne-Espérance. En 1504, deux navires, l’un dieppois, l’autre breton, découvraient Terre-Neuve, et quatre ans après Jean Ango y fondait un établissement dont nous jouissons encore. Enfin, en 1529, Jean Parmentier,