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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/956

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cherchant en vain dans les écrits des anciens les titres de son origine, et les retrouvant par des fouilles intelligentes faites sur son propre territoire. Les fondations d’édifices, les tombeaux, la multitude de vases et d’ustensiles découverts de nos jours sur les coteaux au pied desquels est Dieppe, montrent la vieille cité gauloise, puis la cité romaine, puis la cité gallo-romaine, puis enfin la cité normande, se superposant l’une à l’autre. Ces débris, bien moins nombreux sans doute que ceux de même sorte qui sont encore enfouis sous la terre, sont les preuves d’un état de choses qui n’est enregistré nulle part, mais dont pourtant une tradition vague se conservait de génération en génération, comme ces bruits sourds et confus que se transmettent les échos des montagnes, sans qu’on puisse en distinguer la nature ni l’origine.

Les traces des modifications que la mer et les courans des eaux intérieures ont fait subir au sol de la ville et des environs sont au grand jour ; effet d’une action permanente, elles ne sont pas effacées comme celles des travaux des hommes par le temps dont elles sont l’ouvrage. Il est constant à l’aspect des lieux que, dans un temps qui ne doit pas remonter fort au-delà de l’ère chrétienne, la mer pénétrait au-delà d’Arques ; peut-être même allait-elle jusqu’au coteau de Noville, qui est à 9,700 mètres du rivage. Lorsque le fond de la vallée formait ainsi un vaste bassin défendu par de hautes collines, il offrait une des plus belles stations navales qui fussent au monde ; son étendue, sa sûreté, l’abondance de la pêche, la fécondité du sol, le voisinage de la côte d’Angleterre, avaient nécessairement fixé sur ces bords une population considérable, et celle-ci, comme l’attestent de nombreux vestiges de son séjour, était étagée sur les coteaux dont la mer baignait le pied cet emplacement était, en effet, celui qui réunissait les meilleures conditions d’établissement. Les alluvions de la mer et de la rivière d’Arques ont pu s’amasser long-temps au fond de la baie sans compromettre aucun de ces avantages ; la première formation du banc de galets entre les deux falaises a même offert plus d’utilité que d’inconvénient ; il amortissait les coups de mer poussés par les vents de nord-ouest, et le calme de la rade en était mieux assuré. L’épaisseur de ce dépôt et par conséquent la profondeur primitive de l’entrée de la baie ne sont pas connues ; seulement, lorsqu’en 1778 on a fondé à 550 mètres en arrière du rivage l’écluse de chasse, on est descendu jusqu’à 18m35 au-dessous du niveau des hautes mers de vive eau, et la sonde, poussée un peu au-delà, n’a rencontré que du galet. Le banc a pris avec le temps une étendue et une consistance telles que la ville a fini par s’établir dessus ; elle y est aujourd’hui presque tout entière, et, chose étrange, il ne reste aucun document précis sur l’époque très reculée où elle est descendue des coteaux. Il est présumable qu’elle a été reconstruite sur l’emplacement actuel après quelqu’une de ces grandes destructions qui