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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/91

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de l’Égypte, contemporain d’Alexandre et son père, suivant une légende inventée par la vanité égyptienne. Ce dernier des Pharaons est leur unique représentant dans l’île de Philœ.

Ce temple du sud, auprès duquel s’élève un obélisque, était consacré à Isis, comme le prouve une inscription hiéroglyphique dont voici la traduction littérale : « Nectanébo a élevé à sa mère Isis la grande demeure d’elle par une construction à toujours. » En suivant une galerie qui ramène vers le nord, on voit Tibère accoutré en Pharaon et sacrifiant au dieu Ammon. Sur une colonne, j’ai lu le commencement du nom de cet empereur, Tib… La fin du mot n’a jamais été écrite. Qui a arrêté la main du scribe ? Est-ce la nouvelle que l’empereur n’était plus ? On peut le croire, et ce mot inachevé transporte vivement dans le passé.

En pénétrant dans le groupe de temples qui s’élève vers la partie occidentale de l’île, on trouve à gauche, dans la première cour, une inscription qui, lorsque j’ai quitté Paris, occupait beaucoup les savans à cause de ses rapports avec la célèbre inscription découverte à Rosette, dans laquelle le même texte est, comme on sait, reproduit trois fois la première en hiéroglyphes, la seconde dans un autre caractère égyptien qu’on appelle démotique ou populaire, la troisième en grec. Tout le monde sait que l’heureuse trouvaille de Rosette, due aux Français, a été le point de départ de l’immortelle découverte de Champollion. Ceux qui voudraient ne pas croire à cette découverte demandent comment, au bout de vingt-cinq ans, on n’a pas encore obtenu, à l’aide de la traduction grecque placée au-dessous du texte hiéroglyphique, une traduction complète de ce texte. Je ne crois pas qu’il fût impossible de la donner aujourd’hui ; mais la difficulté à surmonter serait très grande. D’abord le texte hiéroglyphique de l’inscription de Rosette ne nous est point parvenu dans son intégrité ; la pierre est tronquée par en haut et obliquement, de sorte que plusieurs lignes de la partie supérieure manquent entièrement et que les autres sont incomplètes à leur extrémité. Le texte hiéroglyphique n’offre pas une seule ligne absolument intacte ; de plus le style, comme celui de toutes les inscriptions du temps de Ptolémée, est plus recherché et d’une intelligence beaucoup plus difficile que sous les Pharaons. Il peut sembler bizarre de juger du style d’une inscription hiéroglyphique comme s’il s’agissait de la latinité d’un auteur romain ; pourtant il suffit d’une assez légère connaissance des hiéroglyphes pour reconnaître bien vite, non seulement à la forme des caractères, mais au choix des expressions, si l’inscription appartient à l’époque des Pharaons ou à celle des Ptolémées. Sous ces