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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/893

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augmenteraient leur consommation comme à l’envi. Quant au commerce de la métropole, sans perdre, comme on le suppose à tort, le débouché de nos colonies, qui grandirait pour certains articles, quoiqu’il pût s’amoindrir pour quelques autres, il gagnerait immédiatement de nouveaux et très importans débouchés dans les pays dont nous recevrions les produits.

En supposant qu’on s’arrête à ce parti, quel serait le taux des droits à établir ? Sur le café, tant étranger que colonial, nous voudrions qu’on fixât dès à présent le droit à 30 francs les 100 kilogrammes, sans addition du décime de guerre, auquel il est bien temps de renoncer après trente-deux ans de paix. Comme les droits actuellement perçus ressortent, en moyenne, à environ 93 fr., il faudrait que la mise en consommation triplât pour que la recette, qui a été de 14,800,000 fr. en 1845, fût à peu près rétablie. Ce résultat serait atteint, selon nous, dès la première année, non-seulement parce que la consommation augmenterait en réalité, mais encore parce que la contrebande, qui est aujourd’hui très active sur cet article, serait immédiatement anéantie, et qu’en outre le café reprendrait une partie de la place que la chicorée lui ôte. En deux ou trois ans au plus, le chiffre des recettes de 1845 serait grandement dépassé. Sur le cacao, le droit, qui varie actuellement de 40 à 95 fr. les 100 kilogrammes, non compris le décime, serait réduit à 25 fr. net. La recette, qui a été d’un peu plus de 1 million en 1845, ne serait probablement rétablie que dans deux ou trois ans, car le cacao n’est pas un de ces articles dont la production puisse s’accroître instantanément au gré de la demande. Pour la première année, il y aurait donc une faible perte à subir ; plus tard, le bénéfice serait sensible. Pour le thé, les droits varient aujourd’hui de 150 à 500 fr. les 100 kilogrammes ; on y substituerait un chiffre unique de 60 fr. Par rapport à cet article, comme les recettes actuelles sont tout-à-fait insignifiantes (222,000 fr. en 1845), il n’y aurait qu’à gagner au changement. L’augmentation ne serait probablement pas aussi rapide que sur le café, mais elle serait progressive, et il ne faudrait pas désespérer de voir ce seul article payer au trésor public un tribut de 50 millions dans dix ans. Ce chiffre serait encore, après tout, fort modeste, puisqu’en Angleterre le produit du droit sur le thé s’élève dès à présent à plus de 125 millions par an. Sur toutes les autres denrées coloniales, sauf le sucre, comme, par exemple, la cannelle, le gingembre, les clous de girofle, le poivre, le piment, la vanille, le macis, les muscades, etc., on ferait des réductions proportionnelles. Le résultat immédiat ne serait peut-être que de rétablir les recettes à leur niveau actuel, mais avec la certitude d’une augmentation progressive et rapide dans l’avenir.