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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/888

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tous les obstacles ; mais on doit souhaiter, dans l’intérêt de la marine, des colons et même des fabricans indigènes, dans l’intérêt de tout le monde enfin, qu’elle n’arrive pas trop tard.

Quoi qu’il en soit, l’existence et les progrès de cette fabrication indigène attestent d’une manière bien frappante le besoin réel de sucre qui existait en France. Si la consommation de cette substance ne s’y est pas répandue autant qu’en Angleterre, ce n’est donc pas parce que les habitudes des deux pays étaient différentes ; c’est uniquement parce que le régime français y mettait un obstacle dirimant, obstacle que la fabrication indigène n’a d’ailleurs levé qu’en partie. Faites que le sucre des tropiques arrive en abondance et à bas prix dans nos ports, et vous serez étonné de la facilité merveilleuse avec laquelle la consommation s’en étendra. On peut en juger par ce qui est arrivé en Angleterre depuis la réforme du tarif, en 1846. La surtaxe applicable aux sucres étrangers, bien que notablement réduite, n’a pas été supprimée, loin de là, puisqu’elle s’élève encore, sous l’empire de la loi nouvelle, à plus de 15 francs les 100 kilogrammes. Voyez pourtant quels ont été les résultats de cette réforme incomplète. La consommation totale de l’Angleterre, sucres coloniaux et sucres étrangers compris, s’est élevée d’une année à l’autre, pour les six premiers mois seulement, de 2,425,637 quintaux en 1846 à 2,944,643 quintaux en 1847, ce qui présente, pour la moitié d’une année seulement, une augmentation de 25,900,000 kilogrammes. Ajoutons qu’il a été mis en consommation, dans ce même intervalle de temps, 989,000 kilogrammes de sucre raffiné, tandis que, pour la période correspondante de l’année précédente, la mise en consommation n’avait été que de 27,750 kilogrammes. On voit avec quelle merveilleuse rapidité l’accroissement de la consommation a répondu à l’abaissement de la surtaxe. Et, pourtant la loi anglaise est demeurée encore jusqu’à présent fort exclusive [1] : que n’aurait-on pas vu, si elle avait établi immédiatement un véritable régime d’égalité !

La consommation annuelle de l’Angleterre, tant en sucre colonial qu’en sucre étranger, s’élève aujourd’hui à plus de 300 millions de kilogrammes. C’est plus que le double de la consommation de la France, laquelle, déduction faite des réexportations, ne va pas à plus de 140 millions de kilogrammes, y compris le sucre indigène ; mais c’est encore bien peu, relativement à ce qu’il serait possible d’obtenir sous un régime de droits égaux et modérés. Il ne serait pas difficile, pour la France, d’arriver promptement à des résultats fort supérieurs ; mais, si elle veut en cela égaler ou surpasser l’Angleterre, il faut qu’elle aille dès l’abord beaucoup plus loin dans la voie des réductions à l’égard des

  1. En vertu de la loi de 1846, la réduction de la surtaxe doit être graduelle, de manière à ce qu’elle ait entièrement disparu après un terme de cinq ans.