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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/887

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sa production avec plus de rapidité encore qu’elle ne l’a fait dans le passé. On se retrouverait donc bientôt en face de toutes les difficultés présentes, encore aggravées par l’extension nouvelle que la fabrique de betterave aurait reçue.

Il faut bien se persuader que la fabrique indigène continuera à grandir et à s’étendre tant qu’on n’aura pas admis à conditions égales la concurrence des sucres étrangers. Le progrès de cette industrie, que bien des gens admirent, dont beaucoup d’autres s’effraient, non sans raison, et dont tout le monde s’étonne, est au fond une chose simple et naturelle. C’est à la fois le symptôme et la conséquence d’un besoin public que nos colonies sont hors d’état de satisfaire. On a refusé à ce besoin public la satisfaction naturelle et légitime qu’il devait trouver dans l’importation des sucres étrangers ; il en a cherché une autre, moins naturelle, il est vrai, mais nécessaire, dans un produit similaire du pays. Vainement a-t-on pensé que le sucre de betterave disparaîtrait ou que la production s’en restreindrait après l’établissement de l’impôt : il devait vivre, il devait même grandir, parce que, dans l’état présent des choses, son existence est une nécessité. Comment n’a-t-on pas vu, d’ailleurs, que la fabrique indigène, n’ayant en face d’elle qu’une industrie fort circonscrite dans ses moyens de production, devenait, par cela seul, la véritable régulatrice du marché ? Qu’importait dès-lors qu’on l’eût assujettie à la taxe ? Si elle n’avait pas réussi à diminuer ses frais de production à mesure que le chiffre de l’impôt grossissait, elle aurait tout simplement élevé son prix vénal. Il est donc clair qu’en dépit de l’impôt cette industrie devait continuer à s’étendre, et qu’elle s’étendra toujours tant que le régime actuel subsistera. Une seule chose peut l’arrêter dans sa marche progressive, c’est la libre admission des sucres étrangers. Or, s’il est vrai, comme nous le pensons, que l’extension indéfinie de cette industrie ruine d’avance le meilleur espoir de notre marine marchande ; s’il est vrai qu’elle tende à propager dans le pays, aux dépens de la morale et du trésor public, les funestes habitudes de la fraude ; s’il est vrai enfin qu’elle puisse même à la longue compromettre l’alimentation publique, en dérobant à la culture des céréales une trop grande partie de la surface du sol, on comprendra qu’il est plus que temps de mettre un terme à ses envahissemens. Sans demander qu’elle périsse, ni même qu’elle décline, aujourd’hui que de grands capitaux y sont engagés, on doit exiger du moins qu’elle s’arrête dans sa marche progressive. Voilà pourquoi la libre admission des sucres étrangers, par l’abolition des surtaxes, est aujourd’hui, nous le répétons, une mesure nécessaire impérieusement commandée par la situation. C’est l’unique solution possible du problème épineux dont toutes nos villes maritimes se préoccupent. Cette solution, il n’est pas douteux que la force des choses ne l’amène quelque jour en dépit de