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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/879

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Les produits qu’on peut regarder comme vraiment exotiques seraient en assez grand nombre, si on voulait comprendre dans cette catégorie toutes les marchandises dont le pays ne produit pas les similaires. Aux denrées dites coloniales, telles que sucres, café, cacao, thé, épices, on pourrait ajouter les cotons en laine, les diverses sortes de bois exotiques, un grand nombre de pelleteries, certaines matières tinctoriales, plusieurs sortes de fruits secs ou confits, etc. Nous omettrons néanmoins tous ces articles, les uns, parce qu’ils doivent être, ou fortement dégrevés, ou entièrement affranchis dans l’intérêt de nos manufactures ; les autres, parce qu’ils sont ou trop peu importans, ou déjà classés ailleurs. C’est donc aux seules denrées coloniales que nous allons nous attacher, en faisant remarquer seulement que les mêmes observations s’appliqueraient au besoin à plusieurs autres produits.

Que les recettes actuellement prélevées sur ces articles soient susceptibles d’un accroissement notable, c’est probablement ce que personne ne sera tenté de nous contester. Il s’agit de savoir seulement jusqu’où cet accroissement pourra s’étendre et par quels moyens on l’obtiendra. A voir ce qui se passe, il semble qu’il y ait bien de la témérité de notre part à prétendre que ces articles doivent former dans l’avenir l’unique base des recettes de la douane, et que ces recettes pourront néanmoins, si on le veut, s’élever à plus du double de celles que l’on obtient aujourd’hui sur tout l’ensemble du tarif. Rien de plus simple cependant si l’on considère, en s’éclairant de quelques exemples pris ailleurs, de quel prodigieux accroissement la consommation des denrées coloniales est susceptible. Malheureusement on récuse ces exemples. On adopte comme base de calcul la consommation ordinaire de la France, oubliant que cette consommation y a été jusqu’à présent forcément limitée par la loi.

Parlons d’abord du sucre, la plus importante des marchandises qui nous occupent. Sur cet article, la recette n’a été, en 1845, que de 51,300,000 francs, d’où il faudrait déduire encore plus de 13 millions payés à titre de restitutions de droits. C’est bien peu, et il y a certainement loin de là au chiffre que nous prétendons atteindre ; mais aussi que n’a-t-on pas fait en France pour arrêter la consommation de cette substance dans son essor ! Sans parler des lois violentes de l’empire, qui repoussaient d’une manière presque absolue tous les arrivages du dehors, les lois qui datent de la restauration nous ont placés à cet égard dans une triste et cruelle impasse, en nous forçant à nous contenter des provenances de trois ou quatre colonies chétives tout-à-fait incapables de suffire à l’approvisionnement d’un grand pays. Sans cela, nul doute que la consommation du sucre ne fût dès à présent trois ou quatre fois plus forte. Si l’on veut s’en convaincre, on n’a qu’à considérer ce qui se passe en Angleterre, où pourtant cette consommation n’a pas laissé