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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/836

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légitime est très fièrement et très noblement présentée par M. Venedey dans son loyal pamphlet, la Danseuse espagnole et la Liberté allemande (Die spanische Tanzerin und die deutsche Freiheit. Paris, 1847). L’écrit de M. Venedey contient même d’assez curieux détails sur la conduite de certains journaux en cette délicate occurrence. Sa protestation ne trouva pas en tout lieu le plus favorable accueil ; on ne voulut pas comprendre ses scrupules : il y eut à ce sujet des conversations intimes que M. Venedey rapporte tout au long, et qui méritaient vraiment de nous être conservées : qu’importent les moyens, disait-on, si la liberté en profite ? Et d’ailleurs les moyens sont-ils si condamnables ? Pourquoi ne pas accepter les réformes des blanches mains d’une femme plutôt que des mains sanglantes du peuple ? Et si le loyal publiciste insistait : — Nous ne pourrions jamais nous entendre, lui était-il répondu ; vous appartenez à l’ancienne morale. « O roi Louis, qu’en dis-tu ? s’écrie M. Venedey. Ce sont les disciples de Fourier qui te prennent sous leur protection, toi, le fondateur du Walhalla, toi qui as passé ta vie à bâtir des églises et à suivre des processions ! — Et au nom de quels principes, le sais-tu bien ? Au nom de la nouvelle morale ! » Mais ce n’est pas de nos socialistes que je voulais parler ; retournons en Allemagne, où l’ancienne morale prévalut encore, Dieu merci ! chez les défenseurs de la liberté. Les émeutes qui ont expulsé Lolla Montès parlent assez haut. Cependant les écrits des publicistes et les événemens de la rue n’éclairent qu’une partie de la question ; le roi Louis, je le répète, nous doit de nouvelles confidences, et le quatrième volume de son recueil nous donnera sans doute tous les documens désirés sur les orageux scandales au milieu desquels s’est évanouie sa gloire.

Après cette fidèle analyse des poésies du roi Louis, est-il bien nécessaire d’en apprécier la valeur ? Cette analyse elle-même est un jugement qu’on a compris. Je parlerai seulement du style, dont l’originalité mérite une attention particulière. C’est un idiome tout nouveau, brisé, coupé, haché. La concision y est poussée à un tel point, que les élémens les plus essentiels de la construction grammaticale y sont intrépidement supprimés ; il y a des milliers de phrases où vous cherchez vainement un verbe. Faut-il reconnaître à ce signe le grand homme d’état, le laborieux politique forcé de ménager un temps précieux ? ou bien serait-ce d’aventure une affectation de germanisme, serait-ce une imitation savante de la raideur gothique ? On sait qu’il y a une coquetterie tudesque fort à la mode depuis la découverte des Niebelungen et les guerres de 1813 ; barbarie et subtilité, raideur et affectation, tout cela s’y trouve en des proportions habilement combinées et compose un bizarre mélange très cher aux teutomanes. Or, le roi Louis est de cette école ; c’est un Allemand du temps d’Arminius, sans préjudice du moyen-âge et des ballets de l’Opéra. Il dit Teutsch et non pas Deutsch,