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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/827

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et si Frédéric-Guillaume IV, en 1840, plia les sciences les plus sévères, la théologie, l’histoire et la philosophie, à l’exécution de ses desseins, Louis Ier, dès 1825, faisait servir l’art de Raphaël et de Phidias à l’étouffement de la pensée.

Aujourd’hui, certes, après tant d’escapades et de tentatives insensées, nous n’avons aucun mérite à signaler cet esprit réactionnaire du roi Louis, et nous devons excuser les publicistes qui, de 1813 à 1825, se trompèrent si naïvement sur le caractère du jeune prince ; mais, il faut le dire aussi, jamais on ne vit de méprise plus complète. Quand Louis Ier remplaça sur le trône le bon et honnête prince qui était le dernier représentant de l’esprit français en Allemagne, son amour des arts, son enthousiasme d’antiquaire, ses voyages en Grèce et en Italie étaient rappelés sans cesse comme des promesses fécondes. C’étaient de nobles instincts, après tout, qui animaient sa pensée, bien qu’il se disposât à en faire un très fâcheux usage, et l’on ne vit d’abord que ces goûts studieux et délicats ; tous les esprits étaient charmés. L’illusion dura long-temps ; puis, quand l’Allemagne commençait à se désabuser, la réputation du roi Louis s’établissait chez nous et inspirait une confiance sans bornes à l’opposition la plus généreuse de la restauration. En 1829, quatre ans après l’avènement du roi Louis, le Globe saluait par des éloges sincères les premières poésies du monarque. Je les transcris ici comme un document curieux. Les éloges du Globe reproduisent exactement l’opinion qu’on se faisait alors du nouveau roi et tout ce qu’on attendait de cette éducation si brillanté.

« Au milieu des rois de l’Europe, pour la plupart vieux et peu amis des idées nouvelles, il en est un jeune et confiant aux lumières et à la philosophie de son temps. Son éducation n’a rien eu de l’éducation des cours. Il a vécu simple étudiant dans les universités, parmi les savans et les artistes, couru le continent en curieux et en poète, cherché partout de l’expérience et des inspirations généreuses. En un mot, il a étudié pour être roi, comme pour exercer un art ou une science ; parlons mieux, pour remplir un sacerdoce. Son ame religieuse et tendre s’est élevée de jour en jour à une plus haute intelligence de ses devoirs ; il s’est préparé par la méditation. Aussi, à peine monté sur le trône, il a jeté sur la Bavière un éclat nouveau. L’Allemagne a reconnu en lui le véritable prince allemand ; elle l’avait vu jadis souffrant avec elle de ses misères, frémissant de son esclavage, encourant la disgrace de Napoléon. Quand l’héroïque jeunesse des universités renouvelait le spectacle donné jadis par la France contre l’étranger, et suivait ses maîtres, philosophant et chantant des vers au feu des bivouacs ou au milieu des batteries, le prince Louis de Bavière prenait de loin, et presque captif, part à tous les dévouemens ; il enviait Koerner mourant sur le champ de bataille. Puis, dans de plus tranquilles jours, espérant la liberté comme le dernier sujet des rois dont il allait être bientôt l’égal, il soupirait, rêvait les réformes, les économies, et, toujours cultivant les arts, allait se réchauffer en Italie, quand la langueur gagnait son aine et que de tristes mécomptes l’accablaient.