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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/824

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et la philosophie. Louis XVI le mit à la tête du régiment d’Alsace, mais il est permis de croire que ce noble esprit cherchait autre chose que cela dans le pays de Montesquieu et de Rousseau. Il lui était doux de vivre au foyer des idées ; il aimait ce pays, dont Frédéric-le-Grand et Joseph II venaient de montrer au monde la bienfaisante influence ; il entretenait enfin dans sa pensée ce grave enthousiasme, cette sagesse tolérante, cet amour de la justice et du droit qui gouverna toute sa vie. La France l’a bien récompensé de ces sympathies généreuses. Si la révolution, dans ses premiers jours, a dû briser l’épée du colonel de Louis XVI, elle le retrouvera plus tard et, lui donnera un trône. C’est le hasard qui le fit duc de Deux-Ponts en 1795 et duc de Bavière en 1799 ; mais c’est le vainqueur d’Austerlitz qui, en 1805, créa pour lui un royaume. Ce jeune colonel au service de la France, ce souverain sacré par Napoléon, c’est Maximilien-Joseph, premier roi de Bavière.

Maximilien-Joseph eut un fils qui lui ressembla bien peu. Nous n’avons pas eu d’ennemi plus décidé que le roi Louis. Ce n’était pas, à vrai dire, une inimitié politique, c’était une sorte de jalousie fiévreuse, c’était une de ces haines mesquines et tenaces qui semblent une monomanie ridicule, au lieu d’être le fier sentiment d’une ame libre. Pour le fils de Maximilien-Joseph, la France était je pays maudit. Nos grands hommes, notre glorieuse histoire, tout ce qui nous marque d’un signe sacré aux yeux du monde, tout cela était supprimé d’un trait de plume par ce redoutable Teuton. Bien qu’il aimât les arts, il ne cachait pas son aversion particulière pour Corneille et Poussin, pour Lesueur et Molière, pour Delacroix et Lamartine, et il était manifeste qu’il avait des griefs personnels contre la langue de Pascal. Les monumens qu’il a fait construire, les ordonnances qu’il a signées, ses poésies même (car c’est un poète) ont proclama assez haut cette haine de tous les instans. Les condamnations dont il nous a frappés sont inscrites partout, dans les bibliothèques et dans les musées, sur les fresques des églises et dans les galeries des châteaux. La pierre et la couleur, sous les ordres de ce grand protecteur des arts, ont été employés mille fois à nous calomnier sottement, et les édifices dont il a embelli sa capitale ont tous ce singulier caractère, qu’on pourrait les prendre pour un long et prétentieux pamphlet à l’adresse de la France.

Nous voici loin de Maximilien-Joseph. D’où vient donc le contraste si frappant de ces deux hommes ? Entre le père et le fils, entre le premier et le second roi de Bavière, quelles circonstances inattendues ont changé si complètement la situation des choses ? Ces circonstances seraient fort sérieuses, en vérité, si le roi Louis n’avait pris plaisir en quelque sorte à parodier les sentimens les plus vrais. Entre Maximilien-Joseph et le roi Louis il y a les guerres de 1813, il y a la révolte si légitime de l’Allemagne contre le despotisme de Napoléon. Certes, de