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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/81

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Là sont, comme sur le bord opposé, des carrières, mais moins considérables. J’y ai relevé une certaine quantité de signes que nul voyageur n’a recueillis, et que j’ai vus ailleurs sur des rochers. Ces signes ne sont point des hiéroglyphes et ne ressemblent aux lettres d’aucun alphabet connu. Peut-être ont-ils été dessinés par les populations illettrées des bords du Nil. Cependant on reconnaît parmi ces figures bizarres le signe de la vie et peut-être quelque autres caractères hiéroglyphiques ; les images de divers animaux ont été grotesquement tracées sur les mêmes rochers ; j’ai remarqué des lions, des girafes, des autruches, un éléphant ; ces deux derniers animaux ne figurent point dans l’écriture hiéroglyphique. Pour la girafe, on l’ajoute dans cette écriture au mot grand comme complément de l’idée de grandeur. L’éléphant a été représenté dans les bas-reliefs égyptiens ; l’autruche ne paraît ni sur les bas-reliefs, ni parmi les hiéroglyphes.

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Je suis venu de grand matin copier les inscriptions gravées sur les rochers. Le soleil n’est pas encore levé. A cette heure, il y a dans l’air une suavité, une légèreté dont rien ne peut donner idée ; il est délicieux de jouir de cette sérénité matinale en copiant des hiéroglyphes. C’est que, tandis que je les copie, je les reconnais ou les remarque pour les reconnaître ou les deviner ; j’entrevois, tout en écrivant, le sens qui s’éclaircira plus tard, et cette occupation, quelque intéressante qu’elle soit, n’absorbe pas tellement mon attention, qu’elle me rende insensible au charme de cette admirable matinée, à la beauté de la lumière, du ciel, des eaux. Aucun bruit ne se fait entendre ; je suis là seul au bord du Nil comme dans mon cabinet. Les oiseaux qui s’éveillent chantent pour m’encourager à l’ouvrage ; un gros serpent noir se glisse à travers les broussailles, mais il s’éloigne bien vite pour ne pas me troubler.

Après les stèles ou plutôt les pans de rochers sur lesquels sont gravées de grandes inscriptions historiques qui se rapportent à divers Pharaons de la dix-neuvième dynastie, et les chapelles où ces rois sont représentés offrant ou recevant un hommage religieux, j’ai visité les grottes funèbres creusées dans le rocher. Ces grottes sont toujours l’objet de ma prédilection, parce que les inscriptions qu’elles renferment sont celles qui peuvent jeter le plus grand jour sur l’organisation de la famille et de la société, et que cette histoire, non des faits, mais des hommes, est celle qui m’intéresse le plus. Je crois avoir recueilli le premier quelques-unes de ces inscriptions. Les chambres sépulcrales sont parfois taillées à une certaine hauteur dans le rocher, et, pour grimper jusqu’à elles, pour passer de l’une à l’autre sans me casser le cou ou les jambes, j’avais grand besoin du secours de Soliman ; ce secours, du reste, m’a été souvent précieux, et je ne saurais trop recommander