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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/803

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Il n’est pas besoin de démontrer que la production agricole gagnerait aussi à la réalisation de ce plan. Chacun sait que beaucoup de travaux très utiles ne se font pas faute de bras, ou se font imparfaitement, et qu’il en résulte un grand amoindrissement dans les récoltes.

La mesure que nous proposons pourrait sans doute causer un certain embarras à quelques propriétaires ou fermiers ; il est probable aussi que le travail des ouvriers de la ville ne représenterait pas toujours le salaire et la nourriture ; mais, outre qu’on aurait la satisfaction de faire une chose morale et utile pour le pays, on trouverait encore de larges compensations.

Un autre avantage essentiel, c’est qu’on ne leur donnerait au commencement que des travaux proportionnés à leur inexpérience et aux forces de chaque individu. Ainsi l’ordre et la confiance qui renaîtraient dans les villes ramèneraient bien vite le crédit, l’activité des affaires, et les campagnes ressentiraient immédiatement les bons effets de cette nouvelle situation.

Que serait-ce du reste que quinze ou vingt individus par commune ? Il serait presque toujours facile de les placer de gré à gré chez les propriétaires, et au besoin la municipalité désignerait les personnes qui devraient les recevoir à tour de rôle, si le sentiment de fraternité et les considérations d’intérêt public ne devaient pas la dispenser de ce soin.

Ainsi, en moins d’un mois, l’état pourrait se débarrasser de ce lourd fardeau politique et financier des ateliers nationaux en satisfaisant, de la façon la moins compliquée et la plus avantageuse pour le pays, aux obligations qu’il s’est imposées, et auxquelles d’ailleurs il n’aurait pu se soustraire. L’esprit a beau s’ingénier, il ne peut trouver, nous le croyons, une solution plus pratique et plus prompte surtout que celle-ci. Quoi de plus simple, en effet, au lieu de tout créer avec des capitaux immenses qu’on ne trouverait pas, que de placer immédiatement et avec de légers frais le trop plein des villes dans le vaste cadre de l’agriculture ? Point de locaux à construire, point de bestiaux, point d’outils, ni de mobilier à acheter, point d’état-major, point de directeurs, ni de contre-maîtres à solder. Le propriétaire ou le fermier tiendra lieu de tout cela sans rétribution, et le percepteur paiera sur des mandats visés par le maire les subventions accordées aux ouvriers par l’état.

Il est à présumer qu’une partie des ouvriers se classeraient dans l’agriculture. Ceux qui retourneraient aux fabriques, quand elles auraient repris de l’activité, y apporteraient d’heureuses modifications dans leurs idées. Ils seront moins exigeans, ils apprécieront mieux les avantages de la vie des cités, quand ils auront vu leurs frères des champs travailler sans relâche sous toutes les intempéries pour 1 franc ou 1 franc 2 centimes par jour, lorsqu’ils auront considéré que le petit propriétaire lui-même travaille tout aussi rudement et plus assidument que le