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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/782

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commission pour réviser et modifier le pacte fondamental du royaume : depuis un mois, que cette commission avait fini et publié son travail, les états attendaient une convocation. Le ministère ne pouvait se décider à les réunir, parce qu’il ne pouvait lui-même se mettre d’accord au préalable sur les points capitaux de la charte à discuter. La première parole qu’ait dite M. de Schimmelpenninck, quand il a pourtant fallu se présenter devant la chambre, ç’a été pour déclarer la dislocation du cabinet dont il était le chef. C’était un cabinet mixte et de transition dans lequel le comte Schimmelpenninek et le général Nepveu représentaient le parti aristocratique et rétrograde. Le ministère est maintenant recomposé dans un sens tout favorable aux réformes, et l’on s’occupe sérieusement de refondre la vieille constitution, dont les parties les plus essentielles, le système électoral et le régime colonial, choquent trop les idées de ce temps-ci.

Le général Nepveu avait motivé sa démission dans une lettre au roi qui a été imprimée : il déclarait que le projet de la commission du 17 mars, devant lequel il se retirait, était pour lui suspect de tendances républicaines. Il n’y a là pourtant qu’une suggestion alarmiste à l’adresse de la couronne : le républicanisme de la charte future consisterait à supprimer l’absolutisme dans le pouvoir et l’aristocratie dans le parlement. On a bien entendu, le jour de la reprise des états, certains députés exprimer vivement l’amer déplaisir que le parti réactionnaire jetait dans tout le pays, en entravant cette réforme dont l’annonce avait causé tant de joie ; l’un d’eux a même dit que, si ce parti-là ne venait à résipiscence, on allait en voir un autre « qui ne serait point intimement convaincu de la nécessité d’une monarchie constitutionnelle. » Et de fait, si le mot de république, que l’honnête député déguisait à la tribune sous une périphrase, peut cependant passer quelque part sans exciter l’ombrage instinctif qui l’accompagne depuis cinquante ans en Europe, c’est à coup sûr en Hollande. Néanmoins les vieilles familles républicaines, qui exerçaient autrefois un patronage analogue à celui des whigs, ont beaucoup perdu de leur influence sous le niveau commun de la démocratie, et il faudrait de terribles circonstances, des fautes ou des perfidies bien misérables, pour amener une révolution complète sur une terre dont la froide sagesse s’accommode parfaitement des institutions constitutionnelles.

Nous nous arrêtons volontiers au spectacle de ces petits états accomplissant librement et pacifiquement les progrès qui leur conviennent au milieu du tumulte qui remue l’Europe et bouleverse les grandes puissances. Nous ne savons pas de triomphe plus glorieux pour la civilisation moderne que cette sécurité des faibles en présence de toutes les passions qui ébranlent et déchaînent les forts. Si des complications qui, de jour en jour, deviennent moins probables ne troublent pas davantage les rapports internationaux des grands et des petits états, si les parties les plus fragiles de l’ordre européen résistent ainsi à cette laborieuse épreuve, il y aura certainement une démonstration acquise, et qu’il sera bon d’enregistrer. À voir le juste éveil de quelques nationalités outrageusement violées, on se laisse maintenant trop porter à mettre la classification des races au-dessus de toutes les divisions politiques. Il semble qu’on aille partager l’Europe en grandes familles de peuples selon la loi naturelle des espèces, comme au bon temps de la tribu. Du haut de cette