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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/781

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travaillé. Cette lente et sûre victoire était une belle preuve en l’honneur d’un vrai système constitutionnel ; les Belges se sont d’autant plus rattachés au leur, ils ont eu d’autant plus d’envie de le garder, qu’il était plus vite tombé chez nous : ç’a été pour eux tout à la fois question de bon sens et d’amour-propre. Le parti républicain s’est trouvé tout d’un coup isolé. On se rappelle la scission qui s’était faite il y a dix-huit mois dans la société de l’Alliance, lorsque les sept députés de Bruxelles avaient fondé l’Association libérale pour réunir tous ceux qui ne se plaisaient plus aux emportemens d’une opposition trop violente. De nouvelles défections ont encore récemment affaibli la société radicale, qui n’a plus alors laissé de doute sur ses tendances anti-monarchiques en proclamant M. Gendebien pour son président. L’Association libérale, au contraire, a pris une vigueur qu’elle n’avait point encore eue ; elle s’est adressée directement au corps entier des électeurs, et dans ses circulaires elle leur a prêché la royauté constitutionnelle, non pas comme une idole, mais comme un pur principe de stabilité, comme une simple présidence héréditaire.

Le ministère et les chambres n’ont montré ni moins d’activité ni moins d’intelligence. Le grand embarras du moment, en Belgique comme ailleurs, c’est la détresse d’argent : vis-à-vis de cette détresse, le parti extrême pousse chaque jour un cri qui n’est peut-être qu’un mot d’ordre et qui lui servira probablement de devise aux élections ; il veut, avant tout, réduire les dépenses. Le gouvernement, qui sait bien que toute réduction a ses bornes, tâche plutôt de multiplier les ressources. Depuis le commencement du mois, les chambres ont voté deux lois de finances qui doivent porter leurs fruits. Elles ont consenti à un emprunt forcé qui pourra produire en tout de 25 à 27 millions répartis sur différentes catégories de prêteurs en raison du chiffre de l’impôt foncier, de l’impôt personnel, des rentes hypothécaires, des pensions et des traitemens publics. On a permis à la Société générale une émission de nouveaux billets avec cours obligatoire jusqu’à concurrence de 20 millions ; cette banque, trop embarrassée par suite de ses propres fautes, n’avait guère le droit de compter sur cette ressource que la loi va lui ouvrir ; mais le papier est exclusivement affecté aux besoins des caisses d’épargne, dont la Société générale fait le service. La majorité de la seconde chambre a solennellement déclaré qu’elle tenait pour sacrés tous les dépôts confiés à ces caisses, et qu’elle voulait qu’on remboursât toujours, quel que fût le montant des sommes à rembourser. C’est avec cette loyauté courageuse qu’un état maintient son crédit. Du reste, cette discussion, quelquefois pénible, a conduit le gouvernement à proposer la création d’une caisse d’épargne de l’état qui engloberait immédiatement toutes les caisses annexées aux banques particulières, et leur assurerait une meilleure garantie. La fermeté que la Belgique oppose ainsi de sang-froid aux difficultés matérielles et morales de sa situation lui permettra sans doute de l’améliorer assez pour tenir tête à tous les événemens.

La Hollande paraît enfin se décider à entrer aussi dans la voie des réformes, et certes elles sont moins pressantes au midi qu’elles ne le sont au nord de l’Escaut ; mais il y a dans cette brave nature hollandaise une constance que rien ne lasse comme rien ne l’irrite. Le 9 mai, les états-généraux se sont rassemblés après sept semaines de vacance. Le 17 mars, ils avaient nommé une