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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/676

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la confiance du cabinet de Vienne et l’estime de cette fière et antique noblesse de Bohême, qui n’a pas oublié que ses aïeux avaient été les égaux des souverains de l’Allemagne actuelle. Tout se ranima sous son administration intelligente, sagement libérale ; la Bohême s’éleva bientôt à un degré de prospérité qu’elle n’avait jamais connu depuis sa réunion.

L’empereur Nicolas voulut alors donner pour épouse au jeune archiduc une de ses filles, la princesse Olga. Ce n’était pas seulement un calcul de l’empereur, qui voulait étendre ainsi son influence et pénétrer, par ce mariage, au cœur de la monarchie autrichienne, déjà cernée, depuis Belgrade jusqu’à Cracovie, par des populations dévouées à sa politique ou à sa religion : les sentimens d’un père et d’un père tendre avaient eu la part principale dans ce choix. L’empereur avait vu assez long-temps le jeune archiduc à Vienne pour l’apprécier à sa valeur, et croire que nul n’était plus digne que lui d’assurer le bonheur de la plus chérie de ses filles. Ses offres furent écartées. Sans doute le jeune prince eut besoin d’écouter tout son courage : la beauté de la princesse égalait la grandeur de l’alliance ; l’archiduc avait vingt-cinq ans à peine, et à cet âge on sacrifie moins aisément à sa patrie sa passion que sa vie. Il accomplit résolûment ce devoir commandé par les intérêts et la sécurité de la monarchie, et donna ainsi à son pays et à l’Europe une marque glorieuse de sa fermeté. Plus tard, la grande-duchesse Olga est allée porter dans la famille royale de Wurtemberg l’éclat de sa jeunesse et les influences de sa naissance.

Les succès du gouvernement de l’archiduc en Bohème, la réputation qui s’y attacha, désignaient plus que jamais le jeune prince à la succession de son père. Le cabinet autrichien s’associa à un mouvement qu’il eût été incapable de dominer. A la fin de l’année dernière (novembre 1847), l’archiduc fut élu palatin par l’acclamation universelle de la diète. Ainsi avait été élu son père il y a cinquante ans, et le décret de nomination du nouveau palatin rappelle cette succession glorieuse. Quand la naissance soutient les hautes qualités du cœur et de l’esprit, du caractère et de l’intelligence, qui désignent un homme pour le commandement et font accepter son empire, elle lui prête une force que le génie lui-même à peine à remplacer. Elle désarme l’envie, prévient les ambitions rivales, rallie le dévouement des masses, et, donnant à l’effort humain un point de départ plus élevé, élève par le fait l’humanité. Ainsi donc la jeunesse, la naissance, le mérite personnel, ces trois dons du ciel, voilà sur quelles forces s’appuie le jeune palatin de Hongrie pour accomplir l’œuvre que la destinée a remise entre ses mains.

La révolution de Vienne, au mois de mars dernier, en précipitant le mouvement révolutionnaire, en rendant irrévocable l’indépendance de la Hongrie, n’a fait jusqu’à présent que donner un nouvel éclat à la