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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/665

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siècle, je voudrais faire connaître les deux hommes qui seront un jour chargés, devant l’histoire, du progrès ou de la ruine de leur pays : le premier, qui a amené les choses à leur point de maturité, préparé l’affranchissement de la Hongrie, amené la crise sociale de la réforme ; le second, qui devra mettre la main à l’œuvre, la poursuivre résolument, et non pas seulement détruire, mais réédifier. Ces deux réformateurs sont l’archiduc Étienne, palatin actuel, et son père, l’archiduc Joseph. D’autres hommes sans doute, et j’aurai à faire leur part, se sont associés à l’œuvre de ces deux princes, mais sans eux ils auraient été arrêtés dès les premiers pas ; il fallait que les idées de liberté se produisissent sous le manteau royal, pour que le gouvernement autrichien leur laissât le temps de croître et de se faire jour.


I

L’archiduc Joseph, dernier palatin de Hongrie, était petit-fils de Marie-Thérèse, frère de l’empereur François, oncle de l’empereur actuel ; il était né en 1776 ; veuf d’une fille de Paul Ier, il s’était remarié en deuxièmes noces à une princesse d’Anhalt, et en troisièmes à la princesse Marie, fille du duc de Wurtemberg. C’était un des derniers débris de cette génération de princes et de capitaines qui ont vu les guerres de la révolution et de l’empire. Fort jeune, à vingt ans, il avait été élu palatin par la diète de 1796. Son gouvernement fut d’abord un commandement militaire. Il servit avec honneur sous son frère aîné, l’archiduc Charles, le plus populaire des ennemis de la France. En 1809, il était à la tête de cette insurrection hongroise [1], « le dernier homme et le dernier cheval du pays, » comme on l’appelle, qui résista vaillamment à l’armée française à la bataille de Raab. La paix de Presbourg le rendit tout entier aux soins du gouvernement intérieur de la Hongrie, et, depuis cette époque, il ne quitta plus le royaume que pour de courtes et rares absences.

L’archiduc Joseph avait la première des qualités nécessaires pour gouverner un pays, et surtout la Hongrie : il l’aimait. Il avait compris que ce n’était pas assez d’être archiduc, qu’il fallait se faire Hongrois ; cinquante années de sa vie avaient été employées à cette œuvre. Le malheur comme le danger pour la Hongrie, c’est qu’elle n’a pas, ou du moins qu’elle ne croit pas avoir de gouvernement national. Faire oublier ce vieux grief à un peuple susceptible et fier, qui, de tous ses maîtres, a surtout aimé Marie-Thérèse, parce qu’elle était malheureuse et réclamait plutôt le dévouement que l’obéissance, telle fut la tâche à laquelle le palatin consacra sa vie.

Les devoirs du palatin sont nombreux et divers ; rien ne ressemble

  1. L’insurrection, est la levée en nasse ; jeune on vieux, tout homme est appelé : la limite n’est pas dans l’axe, il n’y a que l’impossibilité physique qui exempte.