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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/655

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les inquiétudes que pourraient susciter des ambitions rétrospectives, et, à mesure que l’ordre s’affermira par la constitution, il sera de plus en plus difficile de troubler l’imagination populaire avec des fantômes de prétendans. Il arrivera naturellement ainsi que les hommes de l’ancien parti libéral, dégagés, dans leurs allures politiques, des préventions qui peuvent à présent les embarrasser, auront bientôt sur l’assemblée l’autorité salutaire du talent et de l’expérience.

Les nouveaux venus ont le champ libre, et nous souhaitons vivement qu’ils se fassent une grande part dans l’arène qui leur est ouverte. Il nous est néanmoins permis de dire que les questions constitutionnelles, que les théories de droit politique gagneront, pour tout le monde, à passer par la logique nette et tranchante de M. Duvergier de Hauranne ; nous ne croyons pas qu’il y aura dans l’assemblée de membres plus experts et plus sages que M. Vivien pour la solution des difficultés administratives. M. Léon Faucher a déjà fait preuve d’une initiative courageuse. La pensée à la fois si délicate et si élevée de M. de Rémusat jettera certainement d’utiles lumières sur les problèmes de philosophie sociale qui vont tout de suite se présenter à propos de l’éducation et des cultes. Enfin pourquoi ne pas tout dire ? il n’y a point, que nous sachions, de proscrits en France, et, si Marseille en a par hasard voulu faire, il est plus d’une grande ville, plus d’un département qui seront fiers de réparer cette pitoyable injustice. Notre ferme espoir, c’est donc que M. Thiers reparaîtra dans l’assemblée, non pas pour y disputer l’empire à personne, mais pour mettre au service de tous cette admirable lucidité d’exposition, cette connaissance minutieuse et pratique des affaires qui manque absolument chez ceux qui les ont à présent en main. Dans cette détresse de la fortune publique que l’optimisme le plus acharné ne réussit pas même à dissimuler, dans l’universelle anxiété que produisent les essais aventureux de toutes les théories fiscales, comment le pays, comment ses députés ne s’en rapporteraient-ils pas à l’expérience consommée de M. Thiers en matière de finances ? Au milieu des complications chaque jour croissantes de la politique européenne, comment n’aurait-on pas égard aux ans de celui qui autrefois signalait avec un tact si sûr tous les périls dont nos relations extérieures étaient menacées ?

Encore une fois, nous ne préjugeons pas les sentimens et les ressources de l’assemblée ; nous ne sommes pas à même de deviner s’il ne sortira pas quelque force compacte de cet éparpillement inévitable qui en dissémine les membres. Nous disons seulement qu’il y a dans ce groupe de l’ancien parti libéral un foyer considérable de vie politique, un centre où sont réunis des talens éprouvés et de beaux caractères. S’il est un point, dans le parlement républicain, qui semble destiné à exercer une attraction sérieuse, c’est peut-être celui-là. Nous irions même jusqu’à risquer une supposition que nous conjurons nos lecteurs de tenir pour très innocente. Il y a des républicains de la veille, comme cela se disait encore l’autre mois, il y a de ces anciens ennemis de la monarchie qui ne l’étaient pourtant pas du bon sens et qui comprennent fort bien que la société n’a pas pu tomber avec le trône. Ils éprouvent le sincère besoin de la défendre contre les attaques insensées des systèmes armés qui la menacent. Ils ont en même temps la noble passion de combattre pour elle tout-à-fait en tête du corps de bataille, au premier rang, au rang des grosses épaulettes ; ils vont jusqu’à revendiquer la place par droit de conquête, quelques-uns par droit de naissance. Ils