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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/65

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caisse d’épargne pouvait faire immédiatement de l’argent en se présentant à la caisse ; de son côté, un porteur de bon du trésor pouvait en faire autant, en se rendant au trésor le jour de son échéance. Aujourd’hui, ni l’un ni l’autre ne le peut plus. C’est une véritable banqueroute de l’état à leur égard, si l’état ne leur fournit pas en même temps le moyen de tirer parti de leurs titres.

Si les choses étaient dans un état normal, on pourrait discuter sur les avantages et les inconvéniens des titres de rente au porteur avec cours forcé ; mais l’état doit, il faut qu’il paie, il faut surtout qu’il donne à ceux qui ont compté sur lui le moyen de faire honneur à leurs engagemens. Pour que ces titres aient une valeur réelle, il suffit que l’intérêt en soit assuré ; or, il l’est, et il le sera d’autant plus que l’état n’aura plus à rembourser le capital. Dans le budget de 1849, 22 millions sont déjà portés pour servir les intérêts de la dette flottante ; si cette somme ne suffit pas, on peut facilement ajouter quelques millions. Le cours forcé est donc parfaitement justifié. Les porteurs actuels des bons du trésor paieraient ce qu’ils doivent avec ces titres, et, après avoir passé de main en main pour acquitter des dettes successives, les bons de rente finiraient par tomber entre les mains de gens qui, n’ayant rien à payer, les garderaient. Ils se consolideraient ainsi d’eux-mêmes, ou, s’ils ne se consolidaient pas, c’est qu’ils auraient pris faveur, ce qui arriverait probablement très vite.

J’avoue que je ne vois pas une seule bonne objection à ce système dans l’état actuel des choses. Ce n’est en effet, qu’on y prenne bien garde, qu’un moyen nouveau et actif de liquidation, liquidation pour l’état, liquidation pour les particuliers. En assurant l’intérêt par un crédit au budget et en maintenant le capital par le cours forcé, l’état se liquide complètement sans faire perdre un sou ; il n’a plus à songer au remboursement, il est libre. De leur côté, les particuliers en font autant. Conversion pour conversion, puisqu’il en faut une, j’aime mieux celle qui dégage tout le monde que celle qui ne dégage personne. On craint la dépréciation de ces nouveaux titres ; mais cette dépréciation ne sera-t-elle pas plus forte s’ils n’ont pas cours forcé ? N’est-ce pas aller au-devant d’une banqueroute immédiate de peur d’une banqueroute ultérieure ? Ne perdent-ils pas déjà, dans leur état actuel, de 30 à 40 pour 100, et ne sont-ils pas menacés de perdre davantage ? N’est-ce pas une chance de plus de les maintenir que de leur donner cours forcé dans les transactions légales ? Ce seront toujours autant de ventes de moins, et, quand la crise sera passée, nul doute, encore un coup, qu’ils ne soient recherchés, car il n’y aura pas de valeur plus commode.

Qu’on se figure d’ailleurs l’effet de cette conviction, répandue dans