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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/643

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de l’intérieur et de l’instruction publique ne sauraient être mieux placées que dans une semblable bibliothèque. Sous l’ancien gouvernement, on en faisait cadeau à maint chef-lieu d’arrondissement où ils ne servaient qu’à amuser quelques oisifs et à constater le crédit de tel ou tel député. Aujourd’hui tout livre utile doit avoir sa destination utile aussi. A cette collection de livres et de dessins, il serait encore bon d’en joindre une de véritables costumes, confectionnés sous les yeux d’artistes et d’antiquaires exercés, et qui serviraient à draper les modèles en présence des élèves. On ferait ainsi pour les jeunes gens, aux frais de l’état, et dans une direction indépendante de tout système particulier, ce que les artistes les plus célèbres ont toujours pratiqué dans leurs ateliers. Rien n’aiderait mieux à comprendre les habitudes des anciens que cette comparaison entre la réalité et son interprétation par la peinture ou la statuaire antiques. Ce n’est pas tout de voir un péplus ou une chlaena sur une de ces charmantes terres-cuites d’Athènes ; il faut encore examiner ces vêtemens déployés, les manier, apprendre comment ils s’attachent, s’ajustent et se combinent. Des Hottentots seraient fort embarrassés, je pense, s’ils n’avaient, pour connaître nos vêtemens, que nos tableaux ou nos statues. Dieu sait quelles méprises ils feraient quand il faudrait s’habiller. La garde-robe que je propose pourrait encore s’augmenter de quelques costumes orientaux, car, ainsi que M. H. Vernet l’a fort bien démontré dans un intéressant mémoire lu à l’Académie des Beaux-Arts, les vêtemens actuels de plusieurs peuples orientaux présentent l’analogie la plus frappante avec les descriptions des auteurs anciens et avec les monumens figurés. C’est une idée féconde et qu’il convient d’approfondir.

Une seconde addition plus importante que je réclame pour l’École des Beaux-Arts, c’est la création d’une chaire spéciale d’architecture du moyen-âge. Cet enseignement n’existe pas dans notre école, ou plutôt n’a qu’une place nécessairement trop bornée dans un cours général de l’histoire de l’architecture. L’utilité, la nécessité de cette chaire nouvelle est facile à démontrer.

Le ministère des cultes consacre tous les ans plus de 2,000,000 à la réparation de nos cathédrales et de nos églises ; le ministère de l’intérieur emploie 800,000 fr. à l’entretien de nos monumens historiques, dont les neuf dixièmes sont des édifices du moyen-âge ; le ministère des travaux publics fait exécuter également de grandes restaurations ; enfin les départemens et les communes votent tous les ans des sommes aussi considérables pour seconder les travaux de ce genre dirigés par l’administration centrale. Ainsi, l’on dépense plusieurs millions tous les ans pour la conservation d’une architecture dont on n’enseigne ni le caractère ni les pratiques. Confier la direction de tels travaux à des artistes sortis de nos écoles publiques, c’est s’exposer à des erreurs fâcheuses,