Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/637

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


avaient absorbé la rivière ; Chartres était devenu un marché accompagné d’un moulin. Les registres de l’hôtel-de-ville surabondent de détails relatifs à la navigation de l’Eure, dont les eaux, battues incessamment par les palettes et les roues qui font mouvoir les meules, ne transportent plus aujourd’hui de bateaux. A force de lutter contre les chanoines et les rois, Chartres avait acquis un caractère semi-litigieux qui ne permettait plus à personne d’entamer son budget et de nuire à ses intérêts. Les procès n’étaient pas rares ; les boulangers en avaient, soit avec les propriétaires des moulins, soit avec les boulangers des environs qu’ils voulaient empêcher de venir à Chartres vendre leur pain bis-blanc, soit enfin avec les habitans touchant le prix du pain. Les bouchers plaidaient contre le fermier des impositions ou contre les merciers, tanneurs et pelletiers, qui voulaient qu’on ne vendît aucun bétail hors la ville. Ces sortes d’affaires étaient si fréquentes et si interminables qu’un jour un bourgeois dit en pleine assemblée au lieutenant-général : « Monsieur, vous faites votre propre fait des bouchers, tout ne plus ne moins que si vous n’aviez à faire que pour eux. »

Du reste, le bailliage et duché de Chartres avait constamment à se défendre des empiétemens étrangers et des velléités d’indépendance des pays subalternes. Il s’opposait en 1498 à ce que Blois, qui était du ressort du bailliage de Chartres, avec le comté de Danois et la Sologne, fût constitué bailliage et siége royal. En 1505 commence le long procès de la ville contre Mme la duchesse d’Alençon, qui veut envahir la terre de Nogent-le-Rotrou comme ressortant de sa seigneurie de Bellesme. En 1507, Orléans veut s’adjoindre les cinq baronnies de Brou, Anthon, Alluyes, Montmirail et la Basoche-Gouet. Chartres, ayant obtenu le privilège d’un siége présidial, s’arme des premières fonctions de ce siège contre le bailli d’Yenville, contre Étampes, qui veut avoir à son tour un siége pareil et gagner cinq baronnies, — enfin contre Dreux, qui veut être ville indépendante.

Pendant tout le XVIe siècle, ce ne fut pour Chartres que vie active, progrès, efforts soutenus, développement et combats. — Souvent la trompe retentissait dans les rues, et l’on publiait des ordonnances de police très détaillées contre ces gens « sans adveu » qui infestaient la ville, et pour qui les ruelles, les angles des rues, les auvens, tout devenait cachette. L’édit donne la liste des armes que ces messieurs portaient. « Deffense de mener par la ville et faubourgs poignards, courtes dagues, épées, rappières, estocz, verdrins, piques, javelines, hallebardes, voulges, arbalestres, arcs, couleuvrines, haquebuzes, hallebretz, cuirasses, brigandines et autres armures et bâtons « invasibles, » au grand scandale, vitupère et contempnement du roi, de justice et de la chose publique. » Les magistrats étaient obligés de prendre chaque jour de nouvelles mesures concernant les cabaretiers receleurs et les