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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/635

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Mme la duchesse, sçavoir leurs intentions sur cela, et si l’on doit permettre lesdites presches au cas que Mme revînt dans la ville. »


Madame y voulut revenir ; elle n’y établit pas de prêche et fut reçue on ne peut mieux. La ville avait un grand goût pour les réceptions de personnages éminens et les solennités cérémoniales. Le 4 février 1498, par exemple, on offrit dix brocs de vin tant blanc que clairet et vermeil à très haut et très puissant prince M. le duc de Lorraine, en son logis aux Trois-Rois. Pour les baillis, on avait soin de joindre des brochets, des lamproies, de grandes carpes, des saumons, des raies sèches, des aloses et des monceaux de moules. Ce fut même une grande contrariété, certain jour, de manquer de la quantité de pots nécessaires ; on en avait commandé deux nouveaux, et cela n’avait pas été fait. Les échevins grondèrent et l’on en fit fabriquer quatre autres. Quelquefois encore on offrait d’autres valeurs, mais par exception, comme en 1646, lorsqu’on paya 51 livres tournois six aunes de velours noir, données au seigneur de Montbazon pour services rendus à la ville et au pays chartrain.

Les cadeaux de ce genre étaient réservés pour le passage des rois ou princes, et il en passait souvent. Alors grande solennité ; on interrompait les travaux, on parait la ville, on faisait la toilette de toutes les rues ; on semait du sablon de rivière, puis on allait en boit ordre au devant de la personne attendue. Un long cortége pénétrait dans les ruelles étroites pendant que le canon tonnait et que l’étendard vert et rouge flottait dans les airs. On voyait marcher en tête les enfans de la basoche et clercs de la tour de Chartres à pied ; après eux les arbalétriers de la ville conduits par leur roi ; puis les enfans de la ville à cheval ; ensuite les bourgeois et marchands de la ville sous la conduite de M. le prévôt de Chartres ou du lieutenant ; après eux les sergens royaux du bailliage ; puis les notaires royaux à cheval ; les enquêteurs au bailliage ; les greffiers tant ordinaires qu’extraordinaires ; enfin le lieutenant-général, M. l’avocat, M. le procureur du roi, MM. les conseillers, les échevins, avocats et procureurs de la ville, « tous à cheval et en ordre ainsi qu’il appartient. » Le roi ou la reine passaient sous un dais, ou, comme on disait alors, sous un ciel. Les ménétriers jouaient ; des tables étaient dressées pour les soldats toujours altérés ; on représentait des mystères sur un théâtre construit ad hoc et couvert de tapisseries, et l’on distribuait des écus aux hérauts d’armes, trompettes, tambourineurs, archers, fourriers, gardes des portes et huissiers de la salle. Il y avait quelque chose de généreux et d’enfantin dans ces joyeuses solennités que le moyen-âge consacrait aux symboles du pouvoir et dans le luxe desquelles il oubliait sa misère et ses angoisses. On se gênait beaucoup les jours ordinaires pour fêter les grands jours ; quelquefois un prince ne pouvait obtenir