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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/63

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pour but de changer quelque chose aux rapports naturels entre le capital et le travail. Les seules dépenses nouvelles qui me paraissent propres à améliorer réellement le sort du plus grand nombre, ce sont des dépenses de bienfaisance. Je reconnais les inconvéniens de la libre concurrence pour les ouvriers ; je crois qu’il faut s’occuper sans relâche de les mettre autant que possible à l’abri, mais ce n’est pas en portant atteinte à la concurrence elle-même, qui est la mère de tous les progrès et le principe vital de l’industrie ; c’est en facilitant à l’ouvrier tous les moyens pratiques de s’assurer des ressources pour les mauvais temps. Sous ce rapport, il y a encore beaucoup à faire, je le sais ; il faut chercher à développer parmi les ouvriers les associations de secours mutuels, il faut les aider à se créer par l’épargne des pensions de retraite, il faut les encourager à mettre beaucoup en commun pour vivre mieux avec plus d’économie, il faut travailler à leur assurer à des prix aussi réduits que possible des logemens sains, une nourriture abondante, les secours de la médecine en cas de maladie, etc. Mais, encore une fois, tous les cadres de ces institutions existent, il n’y a qu’à les étendre. En créant les caisses d’épargne, les salles d’asile, les crèches et bien d’autres établissemens de charité publique, le gouvernement déchu avait déjà beaucoup fait pour la classe ouvrière ; il allait faire plus encore, quand il est tombé, par les lois présentées pour la réforme des monts-de-piété et pour la fondation de caisses de retraite pour les ouvriers. Le gouvernement nouveau doit et peut aller plus loin, mais sans quitter cette voie, qui est la seule possible. Avec une vingtaine de millions de plus portés au budget, on peut faire bien des choses. L’état ne peut pas, en effet, se charger de toute la besogne ; il ne peut que donner des primes, des encouragemens, des secours, pour faciliter des fondations qui doivent rester en définitive en dehors de lui. L’intérêt des ouvriers ne commande pas moins que leur dignité cette réserve de l’état ; après tout, l’état ne peut rien donner à la société qu’il n’ait commencé par lui prendre sous forme d’impôt, et, pour être avantageux, cet échange doit avoir des bornes.

Ces difficultés aplanies, vient la question générale du crédit, qui n’est pas la moins délicate.

L’intérêt principal aujourd’hui en souffrance sous le rapport du crédit est celui de la dette flottante du trésor. Si la dette flottante était liquidée, la situation de la dette fondée serait bien meilleure ; l’une des deux dettes écrase l’autre. Il n’y a donc rien à faire pour relever la dette fondée, qui se relèvera bien assez d’elle-même, si l’avenir se dégage ; mais il faut se débarrasser du fardeau de la dette flottante ou périr. Cette dette s’alimentait principalement à deux grandes sources, les caisses d’épargne et les bons du trésor. Il est clair aujourd’hui pour tout le monde que l’état ne peut rembourser les caisses d’épargne et