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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/611

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rend difficile l’examen détaillé des dessins et des pastels. Quelques noms nous semblent mériter une mention particulière. Tels sont, parmi les aquarélistes et les dessinateurs, MM. Papety, Wattier, Yvon, Doussault, Jadin, Romain Cazes et Girard ; parmi les dessinateurs au pastel, MM. Curzon, Lazergues, Bazin, Sewrin, Borione et Schlesinger. N’oublions pas non plus deux femmes : Mlle Thuillier, qui nous a donné une suite de portraits de chefs arabes, exécutés la plupart en Algérie, et dans lesquels une sorte d’inexpérience consciencieuse et naïve ajoute un charme de plus à la réalité ; Mlle Nina Bianchi, qui traite le pastel avec cette largeur, cette solidité, ce moelleux qu’on a su récemment lui donner. Parmi les miniaturistes, ce sont aussi deux femmes qui se placent au premier rang. L’une d’elles, Mme de Mirbel, occupe depuis long-temps, dans l’art du portrait, une place qu’on pourrait difficilement lui disputer. Les portraits de MM. Thiers et Émile de Girardin, qu’elle a exposés cette année, brillent par les mêmes qualités qui distinguent ses autres ouvrages : la finesse, un rare mérite de ressemblance, et une grande distinction. Il nous semble cependant que la gamme de couleur de Mme de Mirbel a baissé de quelques tons. Cela paraît surtout sensible quand on vient d’étudier les miniatures de Mme Jules d’Herbelin, si vivantes, si puissamment colorées. C’est bien certainement le chef-d’œuvre du genre. Citons après ces deux dames Mlle Herminie Mutel, talent plus modeste, mais qui n’est pas moins réel.

Les esquisses de M. Lessorre, les fusins de M. Bellel, les crayons noirs et les eaux-fortes de M. Eugène Blery et les dessins d’architecture de MM. Toudouze, Constant Dufeux et Verdier, doivent encore être accueillis comme des essais heureux dans des genres bien divers. L’exposition de gravure et de lithographie a été fort nombreuse cette année. Là comme partout les œuvres suffisantes abondent ; les œuvres vraiment remarquables sont rares ; quant aux œuvres excellentes, on les cherche en vain. Cette absence des supériorités dans tous les genres tient à une cause que nous devons signaler en finissant, et à laquelle, comme on va voir, le remède s’appliquera de lui-même.

De 1815 à 1848, la France et les nations européennes ont joui d’une de ces paix prolongées, rares dans les annales de l’humanité, et que les peuples n’apprécient que lorsque l’heure des épreuves est venue. Les mœurs se sont adoucies, mais en s’amollissant ; les caractères ont perdu de leur ressort ; l’énergie s’est réfugiée chez quelques hommes dédaignés ou sacrifiés, qui, à l’heure suprême, ont déployé pour détruire une puissance de volonté étrangère à ceux qui voulaient conserver. Les arts, ce luxe de l’intelligence, ont dû mettre à profit ce long intervalle de repos ; mais là aussi le mal s’est montré à côté du bien. Dans ces trente dernières années, les artistes habiles, les gens de talent se sont singulièrement multipliés ; quelques hommes éminens se sont même révélés :