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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/58

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garde national, une grande armée est inutile, soit pour le dedans, soit pour le dehors.

Je crois donc qu’il serait possible de réaliser sur l’armée une économie de 160 millions. Cette économie pourrait être plus forte, si nous n’avions pas l’Afrique ; mais la conservation de l’Afrique nous impose des sacrifices. Ces sacrifices se réduiront sans doute notablement ; j’ai peine à croire que la république soit d’humeur à dépenser, comme la monarchie, 120 millions par an en Afrique. Elle le voudrait, qu’elle ne le pourrait pas. Cette question d’Afrique va nécessairement changer de face. Nous verrons ce que diront à l’assemblée les députés du pays et quelles idées ils apporteront à la mère-patrie pour lui rendre le fardeau moins lourd. Quant à moi, après avoir bien étudié la question, je crois possible de garder l’Afrique et d’y réaliser tous les progrès praticables, en n’y dépensant que 30 à 40 millions par an.

Resteraient pour l’armée intérieure 160 à 170 millions. Ce serait assez pour entretenir sur un pied suffisant les armes spéciales, pour organiser une grande gendarmerie qui ferait la police sur toute la surface du pays, et pour subvenir aux dépenses d’une landwehr. L’Angleterre n’a ordinairement que cent mille hommes de troupes régulières, les États-Unis en ont moins encore. Pourquoi en faudrait-il davantage à la France républicaine ? La véritable armée d’une république, c’est le premier ban de la garde nationale, la landwehr. Quand on voudra établir sérieusement une landwehr en France, on ne manquera pas de modèles et de projets. Cette organisation permettrait d’abolir le tirage au sort, puisque tout le monde sans exception serait soldat, mais sans quitter ses travaux ordinaires et le lieu de son habitation ; elle permettrait en même temps de garder les cadres actuels d’officiers qui deviendraient des officiers de landwehr. Quant aux armes spéciales et à la gendarmerie, elles se recruteraient aisément par la voie de l’enrôlement volontaire.

Ces idées peuvent paraître étranges ; elles ne le sont pas plus qu’il ne faut. Nous entrons dans une situation complètement nouvelle qui exige des moyens non moins nouveaux. Même en adoptant cette réduction de moitié sur l’armée, la république aura bien de la peine à joindre les deux bouts. Elle sera forcée, en outre, à faire des réductions, moins radicales sans doute, mais sensibles, sur les dépenses de la marine. Le budget de la marine pour 1849 était de 140 millions ; il faut de toute nécessité le réduire à 100 millions au plus. Les grands et dispendieux armemens sont inutiles en temps de paix ; avec 100 millions bien dépensés, on peut faire pour la marine tout ce qui est nécessaire.

Ainsi 125 millions de l’amortissement, 13 millions de la liste civile, 25 millions d’économie sur les traitemens, 160 millions sur l’armée, 40 millions sur la marine, voilà, à première vue, un total de 360 millions