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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/570

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nulle, ou peu s’en faut. Était-ce peut-être dans le nord ? Pour être convaincu du contraire, il suffit d’avoir parcouru les campagnes dans cette partie de la France. Non-seulement la culture des graines grasses y était florissante, prospère, mais elle s’y étendait encore de jour en jour. C’est que le développement croissant de toutes les industries qui font usage de l’huile ouvrait un débouché chaque jour plus large à ses produits. En admettant que les prix de ses graines fussent un peu réduits par la concurrence étrangère, elle était amplement dédommagée de cette perte apparente par la facilité de ses ventes et l’agrandissement continu du marché.

On s’est lassé de ce régime. On a trouvé probablement que les industries auxquelles les graines oléagineuses servent d’aliment prospéraient trop, et que cela faisait tache sur le tableau général de la France. Pour mieux dire, les agriculteurs du nord ont cru qu’ils feraient un coup de maître, si, au nom de la loi, ils pouvaient s’emparer seuls de cette immense consommation qui s’était développée sous l’influence des bas prix, et le législateur, toujours prompt à seconder ces calculs égoïstes, s’est prêté à cette nouvelle et insultante violation du droit. En 1844, un projet de loi fut présenté qui doublait les anciens droits ; niais le parti agricole, ce parti qui, sous prétexte de favoriser l’agriculture, travaille depuis trente ans à la ruiner, et avec elle toutes les industries qui en relèvent, le parti agricole, disons-nous, ne se tint pas pour satisfait d’une telle augmentation. Il se remua, il s’agita au sein de la chambre des députés ; il fit retentir bien haut ces mots puissans, ces mots électriques, agriculture en souffrance, intérêts agricoles compromis, marché national envahi ; il épuisa tout ce vocabulaire dont il a tant abusé, et, à force d’évoquer aux yeux de la chambre surprise des fantômes menaçans, il l’amena à surenchérir de beaucoup sur la proposition du ministre, en quadruplant les anciens droits. Ces droits furent donc portés, pour les graines de lin, à 4 fr. les 100 kil., et pour les graines de sésame à 10 fr. Ajoutons que les droits différentiels en faveur du pavillon français, qui n’étaient que de 50 cent. dans l’ancienne loi, furent portés à 4 fr. pour le sésame, à 2 et 4 fr. pour les graines de lin. Telle est la loi actuelle, qui, présentée en 1844, n’a été pourtant votée qu’en 1845.

Les funestes effets de cette nouvelle loi n’ont pas tardé à se manifester. Appliquée seulement dans la seconde moitié de l’année 1845, c’est sur l’année 1846 qu’elle a commencé à exercer toute son action. Eh bien ! voici les résultats : de 70 millions de kilogrammes en 1845, l’importation des graines oléagineuses est tout à coup tombée, en 1846, à 36 millions de kilogrammes, c’est-à-dire que, d’une année à l’autre, elle est tombée de moitié. La chute est rude, comme on le voit, et telle qu’elle doit faire craindre la perte assez prochaine de tous