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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/509

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modifiera-t-elle par la suite, mais jusqu’à ce jour elle enseigne à professer, elle n’enseigne pas à travailler. Par cela seul, ses élèves ne sauraient être d’utiles professeurs de faculté.

La chimie, les sciences naturelles, représentées seulement dans les facultés, comptent en province bien moins de chaires que la physique et les mathématiques. Cependant, chaque année, on voit paraître plusieurs mémoires souvent fort importans sur quelques points des deux premières sciences. La différence d’éducation produit cette différence dans les résultats. Les chimistes et les naturalistes ne sortent guère de l’École Normale. Élevés dans les laboratoires de Paris ou livrés à eux-mêmes, ils ont suivi l’exemple de leurs maîtres ; ils ont sondé des yeux et des mains les mystères de la nature. En sont-ils moins bons professeurs ? Nous ne le pensons pas. Y eût-il dans leur langage quelque infériorité sous le rapport de l’élégance et de l’exposition, ce désavantage serait largement compensé. En matière d’enseignement, comme en toute autre chose, celui qui décrit d’après nature l’emporte nécessairement sur celui qui parle par ouï-dire.

Nous venons de signaler le mal, essayons d’indiquer le remède. Les professeurs de faculté doivent être non-seulement des vulgarisateurs, mais encore des inventeurs. Il faut donc qu’ils aient pris de bonne heure des habitudes de recherche et d’observation, il faut donc qu’ils aient vu et touché par eux-mêmes. Pour faciliter cette éducation indispensable, nous voudrions voir créer des places de chefs de travaux chargés de surveiller les études pratiques des élèves dans les laboratoires [1]. Ces chefs d’étudians seraient plus tard d’excellens professeurs. Les facultés de province formeraient deux classes. Aux facultés de première classe se rattacherait un certain nombre d’écoles spéciales. On créerait ainsi en France une hiérarchie scientifique et un certain nombre de centres secondaires comparables à ces universités d’importance diverse qui ont exercé une si heureuse influence dans l’Allemagne entière. Enfin, Paris, avec sa faculté, avec son enseignement professionnel complet, avec son Collège de France, formerait le point culminant de l’enseignement supérieur.

Aux moyens d’émulation indiqués plus haut nous en ajouterions d’autres puisés dans les intérêts mêmes. On donnerait aux professeurs des facultés de seconde classe un traitement à peu près égal au traitement actuel [2] ; celui des professeurs des facultés de première classe serait augmenté ; celui des professeurs de Paris serait au moins doublé. Dans chaque ordre de facultés, le traitement aurait un minimum et un maximum auquel permettraient d’atteindre l’ancienneté, mais surtout

  1. La commission dont nous avons parlé plus haut a formulé des vœux semblables.
  2. Ce traitement n’est que de 3,800 fr., en tenant compte de la retenue pour la caisse des retraites.