Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/498

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



Qu’on ne dise pas que le jeune âge des élèves s’oppose à cette extension de l’enseignement primaire. Dans les écoles déjà existantes, on apprend à lire, à écrire, à compter. Nous demandons qu’en physique, en chimie, en histoire naturelle, on conduise les enfans jusqu’à l’équivalent des quatre règles de l’arithmétique. Les élémens de ces sciences ne sont pas plus difficiles que ceux des sciences mathématiques. Quelques échantillons bien choisis, quelques expériences fort simples apprendront bien vite à un enfant les caractères des principaux types animaux ou végétaux qui l’entourent, ceux de l’oxygène et de l’azote qu’il respire. D’ailleurs, l’expérience a déjà répondu à cette objection. Dans plusieurs élablissemens étrangers, surtout en Allemagne et en Suisse, dans certaines écoles des frères de la doctrine chrétienne, on enseigne depuis long-temps les notions élémentaires que nous demandons. Ces hommes voués à l’instruction ont compris sur ce point les instincts de l’époque bien mieux que l’Université.

Dans une république plus que dans tout autre état, l’instruction primaire est un besoin pour tous ; sous tous les gouvernemens, elle suffit à un grand nombre. Pour l’instruction secondaire et supérieure, les exigences se multiplient et se compliquent. L’enseignement ne peut plus conserver la même uniformité. Pour bien comprendre ce que demandent à cet égard le présent et l’avenir, nous pouvons interroger un passé qui, malgré ses fautes, nous donnera des leçons utiles. La force des choses a jeté des germes d’ordre réel au milieu d’un désordre regrettable, résultat d’efforts individuels et que rien ne coordonnait. Des besoins se sont manifestés et ont pour ainsi dire commandé leur satisfaction. Paris, où ces exigences se sont produites avec plus de force et où elles ont été le plus écoutées, doit être sous ce rapport étudié avec attention.

Les personnes qui s’occupent de science peuvent se répartir en trois classes. Les unes ne voient dans la science que le complément d’une éducation libérale ; ce qu’elles recherchent, ce sont les élémens de toutes les sciences. D’autres, soit dans une vue d’utilité, soit simplement pour orner leur esprit, veulent apprendre jusque dans leurs détails une ou plusieurs sciences. Il en est enfin qui éprouvent le besoin d’aller encore au-delà, qui s’efforcent de faire progresser quelqu’une de nos connaissances. A ces trois genres de besoins doivent correspondre des enseignemens distincts. A Paris, les lycées, les facultés, le Collège de France, nous paraissent représenter assez bien ces trois degrés de l’enseignement.

Considérés d’une manière générale, les lycées sont des établissemens où s’acquiert l’instruction que doit posséder tout homme bien élevé. A ce titre, nous demandons qu’ils soient pour la science ce qu’ils sont pour les études littéraires. Cette demande paraîtra peut-être bien