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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/492

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servation des grands principes attaqués par les novateurs ; elle n’aura demandé à la république que ce qu’elle demandait inutilement à la monarchie, le sage progrès des institutions et des idées, leur progrès et non pas leur perturbation. Les élections de Paris sont l’expression fidèle de cet esprit intelligent ; les élections de province ne sauraient manquer d’y répondre. Nous en avons l’assurance dans ces déplorables excès qui à Rouen, à Elbeuf, à Limoges, à Nîmes, nous montrent comment certaines minorités entendent protester contre une légalité faite pour elles et par elles, quand elles sont une fois vaincues. Nous ne pouvons non plus fermer tout-à-fait les oreilles à la voix incendiaire de ces clubs parisiens où l’on dit brutalement que le peuple a été volé, où l’on traite les gardes nationales de hordes assassines, où l’on annonce pour ces jours-ci une démonstration destinée à requérir du gouvernement provisoire l’éloignement des troupes et leur acheminement au secours de la Pologne. Nous ne pouvons pas enfin ignorer tout-à-fait les prédictions furibondes de certains journaux qui annoncent une désolation de Jérusalem comme le très prochain châtiment de la réaction bourgeoise et de la déconfiture électorale des socialistes. Ces égaremens d’une poignée de sectaires nous sont une garantie de plus du triomphe si désirable de l’ordre et de la raison. Vienne maintenant l’assemblée nationale ; qu’elle commence par proclamer clairement et spontanément la république ; qu’elle entreprenne avec courage son œuvre de reconstruction politique et de pacification sociale. Elle trouvera des obstacles, de cruels obstacles peut-être, ne nous le dissimulons pas ; mais, sortie des entrailles de la France en un jour d’épreuve si laborieuse, recrutée dans tous les rangs et dans tous les âges, dans le monde d’hier, dans le monde d’aujourd’hui, et surtout dans celui de demain, l’assemblée nationale aura, pour marcher au but, cette force infinie que nous lui sentons d’avance, et qui fait la nôtre à tous tant que nous sommes.

D’autre part, une chose aussi nous rassure dans le cours des événemens extérieurs ; une chose nous encourage à ne pas trop nous alarmer des éventualités de la guerre, à fortifier en nous ce sentiment de confiance énergique où nous laissent nos élections. Ce n’est pas tant la spontanéité avec laquelle les divers états européens ont reçu le contre-coup de février : c’est la sagesse avec laquelle ils ont aussitôt détourné ce grand ébranlement de ses voies violentes, pour le mener à ses fins légitimes par des voies raisonnables. Il y a là peut-être la preuve la plus claire de cette puissance souveraine qui impose les idées, quand les idées sont mûres. Au lieu de susciter des épouvantes et des haines, au lieu de servir de prétexte à la réaction des gouvernemens contre la liberté ou bien au conflit des rancunes nationales, l’inauguration de la république française a seulement donné partout le signal d’une émancipation progressive et réfléchie.

À peine le premier retentissement passé, nos voisins sont revenus sur ce qu’il y avait eu pour eux d’inévitablement brusque et désordonné dans cette immense surprise ; ils ont procédé régulièrement à organiser une victoire qui, chose rare chez les victorieux, les trouvait tout prêts. La révolution de février doit sans doute se glorifier de cette impulsion soudaine qui a précipité les faits, mais il n’y aurait pas de bon sens à croire qu’elle les ait engendrés. Il faut avoir en histoire, et même en histoire contemporaine, une certaine reconnaissance pour les causes secondes ; mais il ne faut pas oublier qu’elles sont après tout les humbles servantes des causes premières. La cause active et profonde de cette régénération savante qui renouvelle comme par magie la face de l’Europe, elle n’est