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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/488

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triels sont venus offrir leurs usines à la commission des travailleurs et les abandonner à la disposition du suprême opérateur qui daignerait les organiser. Le rapport oublie de nous apprendre si ces offres ont été acceptées ; il serait pourtant curieux que le plus embarrassé dans cette rencontre eût été non pas celui que la détresse forçait à quitter l’ouvrage, mais celui-là même à qui l’on mettait ainsi l’ouvrage en main. Le rapport nous annonce encore que le fameux atelier fraternel des tailleurs de Clichy va bientôt fonctionner à ravir : depuis six semaines pourtant, il y a là douze cents ouvriers qui n’ont pas encore dépêché beaucoup de besogne. La garde mobile en sait bien quelque chose, et, quand même les pantalons déchirés de ces braves enfans ne plaideraient pas avec une certaine éloquence contre l’égalité des salaires et l’organisation du travail, qui n’ont pas réussi plus vite à produire des pantalons neufs, des chiffres authentiques publiés par un journal renseigné de près réduisent à zéro les hyperboles du Moniteur. Nous-mêmes nous avons pu nous assurer de la déception. Le Moniteur parle du bénéfice modeste que les frères-tailleurs auraient déjà recueilli ; le Moniteur aurait été plus instructif et plus franc, s’il avait dit que ce bénéfice, au bout de six semaines, s’élevait à peu près à 55 centimes par homme.

Qu’est-ce donc que M. Louis Blanc a fait au Luxembourg ? Il faut bien le comprendre et il ne faut point le cacher : ce n’est pas de la propagande économique, ce ne sont pas même des applications socialistes : ce sont des combinaisons électorales. L’alerte du 16 avril, à laquelle nous mène enfin notre récit après ces méditations un peu discursives, mais nécessaires, l’alerte soudaine de la grande capitale, c’était la suite d’une première combinaison électorale de M. Louis Blanc, et nous savons des malintentionnés qui croient que ce pouvait bien être le prélude d’une autre. Nous sommes persuadés que la masse d’ouvriers rassemblés au Champ-de-Mars le 16 avril n’avait pas, comme corps, d’idées hostiles au gouvernement ; nous ne voudrions même pas affirmer que les émissaires qui pouvaient se trouver dans son sein, pour concourir à des projets auxquels elle était elle-même étrangère, eussent reçu de personne la direction où ils l’auraient lancée. Ce que nous affirmons davantage, c’est la conduite de M. Louis Blanc dans ses rapports avec les délégués des corporations.

L’office des délégués au Luxembourg se réduit plus ou moins au rôle muet de comparses. La commission du Luxembourg, composée des deux membres du gouvernement provisoire et de leurs secrétaires, les économistes sans portefeuille, travaille avec le bureau des délégués, qui ne sont eux-mêmes convoqués qu’aux grandes occasions, pour entendre, par exemple, un message présidentiel, verbosa et grandis epistola. N’est-il pas vrai que, dans ces réunions générales, mais closes, M. Louis Blanc parle de deux manières, suivant qu’il destine ou qu’il ne destine pas son discours à la publicité, suivant que le sténographe doit ou ne doit pas se mêler à la cérémonie ? N’est-il pas vrai que, dans une de ces réunions avant la journée du 16 avril, M. Louis Blanc a déploré hautement le caractère rétrograde et bourgeois des récentes élections de la garde nationale ? N’a-t-il pas dit, en engageant les ouvriers à se rendre aux mairies pour y chercher les armes distribuées au nom du gouvernement, n’a-t-il pas dit aux délégués, avec la vivacité expressive de sa pantomime : « Allez chercher vos fusils et ne les déchargez pas ! » N’a-t-il point annoncé que, pour compenser le mauvais résultat des élections de la garde nationale, il avait sollicité et obtenu de M. Guinard quatorze places d’officiers d’état-major au choix des ouvriers ? Le jour où devaient se faire