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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/472

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il en vienne à oublier que le premier devoir de tout Italien est, suivant ses propres paroles, de travailler à la constitution d’une forte nationalité en dehors des préoccupations de parti et des impulsions locales ; car il est évident que vouloir faire en ce moment l’Italie à l’image de la France serait commettre une grave erreur. La France ne peut être républicaine aujourd’hui que parce qu’elle possède une unité puissante. Cette unité, l’Italie ne l’a pas encore. Sous ce rapport, elle est en arrière de nous de cinquante ans. Le régime monarchique seul pourrait la lui donner d’une manière définitive. La forme républicaine compte trop peu d’adhérens et n’a pas par sa nature même une force de cohésion suffisante pour pouvoir se flatter de réunir en un même corps de nation, des Alpes à la mer, des populations encore aussi profondément distinctes de mœurs et d’esprit que les Piémontais, les Génois, les Lombards et les Vénitiens. Une tentative de ce genre ne pourrait certainement qu’avorter et n’aurait d’autre résultat que de ruiner l’œuvre de ces dernières années en rouvrant la carrière à toutes ces prétentions locales qu’on avait eu tant de peine à confondre.

Le parti constitutionnel est incontestablement le plus fort, le plus nombreux, le mieux dirigé. A sa tête sont tous les hommes que nous avons vus en 1844 entreprendre la propagande libérale. Quelques-uns, tels que MM. Balbo, Capponi, Minghetti, sont arrivés au pouvoir. Les autres continuent à exercer par la parole et par la presse une influence prépondérante sur l’opinion publique. En regard de quelques journaux qui, sous prétexte d’idées avancées, se distinguent surtout par une rédaction emphatique, tapageuse et déclamatoire, le parti constitutionnel a pour organes les feuilles les plus accréditées, telles que la Patria de Florence, le Risorgimento, fondé à Turin par MM. Balbo et C. de Cavour et dirigé par ce dernier ; la Lega italiana, dont le titre indique assez les tendances, fondé à Gènes par l’illustre comte Mamiani, membre du gouvernement provisoire institué à Bologne lors de l’insurrection de 1831 ; l’italia, rédigé à Pise par le professeur Montanelli, jusqu’au jour où ce jeune et courageux patriote a quitté la plume pour courir à la croisade ; le Felsineo à Bologne, la Bilancia et le Contemporaneo à Rome, etc. Plus que jamais, enfin, M. Gioberti est le conducteur et l’oracle de ce parti. De Paris, où il a résidé jusqu’à présent, son inspiration n’a pas cessé un seul instant d’agir sur ses compatriotes. Aujourd’hui c’est à Milan, c’est dans la future capitale du royaume de la Haute-Italie que l’apôtre de l’unité et de la nationalité italienne va transporter sa chaire ; il y rencontrera M. Mazzini ; d’autres publicistes, tels que M. Salvagnoli de Florence, l’y ont déjà précédé, car c’est Milan qui est appelé à devenir le centre de l’activité politique en Italie, c’est là que sera vidé le débat entre les partisans de la république et ceux de la monarchie.

Fidèle à son principe et à ses antécédens, le parti constitutionnel veut qu’avant tout on achève et on consomme la conquête de l’indépendance : le premier besoin sera ensuite de la conserver. La monarchie, une monarchie forte qui réunisse sous le même sceptre tout le nord de l’Italie, du Var à l’Isonzo, pourra seule le faire. L’adoption de la forme républicaine, si elle avait lieu, ne serait en aucun cas générale : à coup sûr, le Piémont n’y adhérerait pas, et il est certain que Gênes ne consentirait plus à se séparer de Turin. Les réminiscences