Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/466

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Génois eurent aussi leurs grandes fêtes populaires, et pour la première fois, la pensée nationale se traduisant à la face du ciel, force fut bien aux gouvernemens de compter avec elle. Sous cette irrésistible pression de l’opinion publique, le grand-duc et le roi de Piémont surent céder à temps et assez habilement pour sauver leur popularité et leur couronne ; d’autres, tels que le duc de Lucques et le roi de Naples, ont eu à se repentir de, n’avoir point suivi une aussi sage ligne de conduite. Leur position, il est vrai, était difficile : rois par la grace de l’Autriche, il leur paraissait à peu près aussi périlleux de composer avec la liberté que de la combattre, car chaque jour il devenait plus manifeste que l’établissement d’un ordre nouveau en Italie conduisait directement à une rupture avec le cabinet de Vienne.

L’Autriche, en effet, n’avait point attendu pour témoigner d’abord sa désapprobation, puis son mécontentement. Après avoir fait entendre des plaintes, elle en était venue aux menaces ; mais quel motif avait-elle à fournir qui prévalût contre le droit incontestable que possède chaque prince d’opérer de concert avec son peuple tel changement qui lui plaît dans l’intérieur de ses états ? Comment, après tout, justifier aux yeux de l’Europe une intervention dans un des duchés ou dans le domaine du saint-siège ? Suivant sa pratique habituelle, l’Autriche chercha à faire naître dans plusieurs villes des troubles et à susciter des désordres qui lui donnassent le droit d’occuper militairement certains points principaux. Des séditions agitèrent, en effet, Parme, Lucques, Sienne, Livourne, et, sur l’avis préalable d’une conjuration qui devait éclater à Rome, le 17 juillet, les troupes autrichiennes entrèrent à Ferrare ; mais cette démonstration eut un résultat tout contraire à celui qu’on en attendait. Du moment qu’il fut bien connu que l’Autriche ne cherchait qu’à se faire provoquer, les Italiens usèrent à son égard d’une modération désespérante. Le gouvernement du pape, en maintenant son droit avec la plus grande énergie par l’organe du cardinal Ferretti, sut conserver l’avantage que lui donnait sa position, et la cour de Vienne ne recueillit que l’odieux d’une démarche dont l’insuccès enflamma l’espérance des Italiens, et leur fit comprendre la nécessité d’une union étroite pour résister à de nouvelles tentatives du même genre. De là la pensée d’une alliance offensive et défensive qui se traduisit d’abord par un traité de commerce entre Rome, la Toscane et la Sardaigne. Ce traité, conclu au mois d’octobre 1847, se bornait à supprimer les barrières de douanes entre ces trois pays ; mais, en réalité, il établissait les bases d’une confédération politique dont Pie IX, suivant l’expression des Italiens, devait être la tête et le cœur, et Charles-Albert l’épée et le bouclier.

Ainsi la question de l’indépendance et de la nationalité allait se développant conjointement avec celle de la liberté, et les conséquences des principes posés en 184.3 se déduisirent avec une invincible précision. L’Italie marchait à l’unité. Abaissant non point seulement les barrières matérielles, mais les barrières morales, bien autrement infranchissables, qui les avaient de tout temps séparés, les états italiens ne formaient déjà plus qu’une même famille. Naples seul paraissait se tenir à l’écart. Au rebours de ce qui s’accomplissait en ce moment, Naples avait vu, depuis vingt-cinq années, s’élever entre lui et le reste du monde un système de prohibition absolue, une espèce de muraille de la Chine,