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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/413

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partir à tout moment de Constantine, de Médéa ou d’Oran, qu’elle aille de temps en temps visiter les tribus douteuses et châtier les moindres infractions à l’ordre, cela suffit. Cette substitution de colonnes expéditionnaires mobiles à l’éparpillement des forces usité avant lui est encore un des plus grands titres de gloire du maréchal Bugeaud. Lui seul a trouvé le secret de cette guerre. Lui seul aussi a trouvé le secret de la paix par l’organisation des Arabes. En toute chose, il n’y a qu’à profiter de ses exemples et de ses créations. S’il n’a pas trouvé le secret de la colonisation, c’est que ce secret était introuvable.

Une pareille conclusion ne sera pas du goût de tout le monde en Afrique, je le sais ; les colons avaient rêvé tout autre chose. Je doute qu’on l’adopte du premier abord, mais la nécessité y ramènera. Aussi bien on ne s’en trouvera pas beaucoup plus mal, si l’on a de l’énergie. Ce qui disparaît, c’est la chimère ; reste toujours la réalité, et la réalité peut suffire aux ambitions raisonnables. Si la colonie manque d’argent, et, quand le numéraire est si rare en France, il n’est pas probable qu’il soit abondant en Afrique, on apprendra à le remplacer par du papier. Maintenant que les colons vont être à peu près leurs maîtres, ils pourront fonder comme ils l’entendront leurs institutions de crédit. C’est avec du papier que les États-Unis naissans ont battu les Anglais et les sauvages, défriché leurs forêts, fondé leurs villes et jeté les bases de cette prospérité qui étonne aujourd’hui le monde. Le papier est peut-être destiné à jouer le même rôle en Afrique. Il y a déjà dans le pays une certaine masse de capitaux accumulés qui peuvent servir de gage ; la puissance d’une résolution commune est bien grande aussi pour donner de la valeur à ce qui n’en a pas encore. L’avenir de l’Afrique, par l’association entre les Européens et les indigènes, par une application nouvelle du principe de fraternité proclamé en France, est certain ; cela doit suffire.

Au nombre des intérêts qui ont été jusqu’ici nuls en Afrique et qui peuvent prendre un grand essor sous le régime de la liberté, se trouve en première ligne l’intérêt maritime. Par une singularité bizarre, mais qui s’explique par des considérations d’intérêt métropolitain, l’Afrique n’avait pas de pavillon ; on ne pouvait pas armer un bâtiment dans un port d’Afrique, il n’aurait été reçu nulle part. Aujourd’hui, je pense que les bâtimens armés en Afrique auront le droit de prendre le pavillon français et devront être revus partout comme bâtimens français. Dans tous les cas, il faut que cette question soit décidée ; que l’Algérie ait un pavillon particulier ou qu’elle prenne le pavillon français, il lui en faut un. La navigation peut être pour elle une occupation nouvelle et des plus lucratives. Les règlemens sur la matière seront sans doute conçus dans un esprit fort libéral et fort large, soit pour la propriété des navires, soit pour la formation des équipages. Pour mon compte,