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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/40

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nous nous engagions ne s’étaient pas hasardés dans cette direction. Le côté gauche de la route, coupé de fondrières et de ravins, n’était pas praticable dans l’obscurité. Sans aucun doute, les ravisseurs avaient gagné les montagnes boisées qui dominaient le côté droit, et c’était vers ce point qu’il fallait s’avancer. Un soldat fit observer que la lumière de nos torches, en éclairant nos pas, trahissait aussi notre présence. Nous ignorions le nombre de nos ennemis, qui pouvaient nous compter grace à la lueur des flambeaux, et la prudence commandait de nous envelopper de ténèbres. A l’ordre du capitaine, nos torches s’éteignirent, non cependant sans que nous eussions jeté auparavant un coup d’œil sur le terrain que nous devions parcourir. Un sentier assez escarpé venait aboutir à l’un des talus qui bordaient la route. Trois hommes, du nombre desquels je me mis, furent chargés de rester comme des jalons indicateurs à cet endroit. Les autres devaient explorer les communications semblables à celle-là qui pouvaient exister plus loin. Nous attendîmes dans l’immobilité la plus complète le retour des éclaireurs. Quelques instans se passèrent ainsi. Le vent, murmurant dans les sapins qui formaient une arcade sombre au-dessus du chemin creux dont nous défendions l’entrée, secouait sur nos têtes le brouillard condensé qui tombait goutte à goutte de leurs branches inclinées. Au bout d’une demi-heure environ, les cavaliers étaient de retour ; ils n’avaient rien vu, mais ils s’étaient assurés qu’aucun autre sentier que celui que nous gardions ne s’ouvrait sur le grand chemin ; en suivant ce sentier, nous étions donc certains d’être sur la bonne voie. Les soldats, animés par l’espoir d’une riche récompense, avaient toute l’ardeur d’une meute de chiens lancés sur la piste d’un cerf ; le capitaine seul ne semblait remplir qu’à contre-cœur la mission dont il était chargé ; les ordres qu’il donnait d’une voix brève trahissaient une certaine anxiété. Nous nous remîmes en marche ; malheureusement l’obscurité et les difficultés du terrain ne nous permettaient d’avancer qu’avec lenteur. De temps à autre, pendant une courte halte, un des cavaliers descendait de cheval et collait son oreille sur le sol : excepté les soupirs du vent, on n’entendait rien. Le terrain pierreux, soigneusement examiné aussi à la lueur d’un cigare, n’avait gardé nulle empreinte, et cependant, guidés par un instinct inexplicable, les soldats ne semblaient pas douter que les ravisseurs n’eussent passé par là. Bientôt le gravier cessa de résonner sous les pas de nos chevaux : nous marchions sur un terrain plus mou. On avait enfin quelque chance de reconnaître la trace des hommes ou des animaux qui avaient suivi ce chemin. La moitié de nos hommes mirent pied à terre, et commencèrent à éclairer pouce à pouce, à l’aide du briquet ou de la cigarette, la mousse et la terre qui tapissaient le sentier. Des traces s’y croisaient en tous sens, et, au bout de quelques minutes d’examen, un soldat jeta un cri de