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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/387

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autres articles se réduit à très peu de chose. Dès-lors, quel intérêt l’état aurait-il à maintenir cette complication fâcheuse dans nos tarifs ?

Quant à l’industrie nationale, il n’y a pas un de ces articles dont la libre importation doive lui porter le moindre ombrage. Assurément, nul ne s’inquiétera de voir entrer librement en France la pelleterie, ni les plumes, ni les oeufs de vers à soie, ni le poil de Messine, ni enfin tous les autres produits ci-dessus dénommés. Non-seulement ces radiations ne léseraient aucune industrie nationale établie, mais elles seraient très favorables à beaucoup d’autres. Les dépouilles d’animaux sont en général des matières premières auxquelles un pays industrieux comme le nôtre peut donner un fort utile emploi, et qu’il ne produit jamais en quantité suffisante. Il est probable que l’importation en franchise de ces matières ferait refleurir en France quelques branches très intéressantes de l’industrie nationale, qui ont malheureusement décliné depuis cinquante ans.

Tout ce chapitre si compliqué des produits et dépouilles d’animaux serait donc réduit à six articles principaux. Reste à voir à quels droits il conviendrait de soumettre ces articles, en combinant les ménagemens dus à l’industrie indigène avec l’intérêt du trésor public.

Pour les laines brutes, nous avons déjà eu occasion de dire que le droit, qui est actuellement de 20 pour 100, devrait être immédiatement réduit de moitié. L’intérêt seul du trésor nous a empêché de proposer dès à présent une réduction plus forte. En effet, nous sommes convaincu que l’agriculture, loin d’en souffrir, aurait lieu de s’en féliciter. Outre les raisons générales qui font que l’agriculture souffre plutôt qu’elle ne profite des droits établis en sa faveur, il y en a une particulière pour les laines. C’est là un produit à certains égards exceptionnel. Il y a dans les laines brutes une si grande variété d’espèces, et ces espèces ont des emplois si distincts, qu’il n’est pas exact de dire que les laines étrangères viennent faire concurrence aux nôtres. Au contraire, comme, dans un grand nombre des travaux de la manufacture, on est forcé de combiner diverses sortes de matières brutes pour donner aux produits ouvrés toute la perfection qu’ils doivent avoir ou le cachet particulier qui leur convient, il est certain que l’importation des laines étrangères favorise l’emploi des laines du pays, en créant ou en développant plusieurs branches de la manufacture qui ne pourraient pas exister ou prospérer sans cela. Aussi a-t-on toujours remarqué, soit en Angleterre, soit en France, qu’à mesure que l’importation des laines étrangères devenait plus abondante, celles du pays trouvaient un emploi plus facile et plus courant, et que l’effet contraire se produisait quand cette même importation était entravée ou interdite. Ce n’est donc pas dans l’intérêt de l’agriculture, mais seulement dans l’intérêt du trésor, qu’il conviendrait de maintenir, quant à présent, un droit